Samedi, le 1er février. Dans un sens, nous avons un cadeau. Enfin, si l'on peut dire. Julia doit venir aujourd'hui. Krys est allé la chercher au parc. Il a tenu à y aller, allant jusqu'à menacer Aïen d'être méchant avec elle s'il n'acceptait pas sa proposition. Aucune idée de la raison pour laquelle il y tenait tant, mais Aïen, perplexe comme moi, a accepté. Et Krys est donc parti à la fontaine. Anto est dans sa chambre, à « travailler ». Aïen est dans la cuisine. Depuis le déjeuner, il n'est pas reparu. Je décide d'aller voir ce qui se passe.
Toc Toc.
- Entre.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Rien...
Je m'approche de lui. « Rien », venant de sa part, ce serait étonnant. Il est à ma droite, adossé à la baie vitrée ouverte. Il regarde le jardin, où persistent encore les dernières chutes de neige. Je m'approche. Au loin, je remarque ce qui accapare son attention. Au bout du jardin, dans la sombre clarté renvoyée par la poudre blanche et froide, près des grands arbres démunis, des formes de petites tailles virevoltent, se croisent et se recroisent, dansent à l'infini sur l'horizon. Des formes blanches, et noires. Nous restons ainsi à contempler la pâle beauté de ce ballet impromptu.
- Regarde, me dit-il.
Au dessus de ce charmant spectacle s'élancent des pans entiers de glace, quelques morceaux de tout calibre, éclatant telle une neige artificielle à une certaine hauteur, retombant doucement comme une averse divine, brillant de mille feux par les rayons cachés du soleil. Le ballet ne cesse pas, il y veille.
- Vas-y...me dit-il tout bas. Doucement...
Nous regardons alors les poignées de neige volantes fondre peu à peu, et redescendre sur le sol gelé en une pluie fine et glacée, tandis que les restes de charbon s'enflamment dans le ciel...Encore quelques instants, nous profitons de cette paix inattendue et inavouée, que nous offre le spectacle de la Nature. Puis, nous rentrons.
Un bruit de porte. Krys vient de rentrer, après Julia. Il la débarrasse de son manteau. Elle me fait la bise, de même pour Aïen. Des pas précipités dans les escaliers, nous nous retournons.
- TOI !!!
Antony s'approche d'elle à grands pas, l'attrape par le bras, la colle dos contre le mur.
- TOI !!! répète-t-il. POURQUOI tu as fait CA ??!?
- Fait quoi ? demande Aïen, alerte.
- ELLE, continue-t-il en se retournant et la désignant du doigt, ELLE m'a fait perdre une bombonne !!!
- #Mais je...#
- Mais...comment ? interroge Krys.
- Elle est allée la voir et lui dire que je n'étais pas fréquentable !! Elle m'a foutu la honte dans tout le lycée, j'ai une réputation de merde maintenant à cause de toi !!!
- Bah ça va, je savais pas ! fait-elle en haussant les épaules. #Et puis c'est pas comme si tu couchais avec toutes les nanas que tu vas vider !!...#
Krys et Aïen détournent la tête avec un petit sourire, je baisse la tête, m'empêchant de rire. Visiblement, elle n'est pas au courant...
- SI JUSTEMENT !
Choquée.
- Tu ne sais pas combien c'est DUR de trouver de quoi reprendre une réserve, on n'a pas de supermarché du sang, nous !!! Et toi, comme une idiote, tu vas voir la fille que je devais rencontrer le soir même et tu lui dis de faire gaffe à moi parce que, soit disant, je ne suis pas sympa avec les filles !! Mais d'où t'as sorti ça toi encore ?!? Et puis, si je couche avec, c'est MON problème. De toutes façons, elles vont mourir, alors ça change rien !!! Quitte à prendre du bon temps...Mais j'y crois pas, comment t'as pu faire ça !? Tu ne refais plus JAMAIS ça, d'accord !!! Sinon tu vas vraiment passer un sale quart d'heure, qu'il y ait les garçons ou pas !! T'as l'air bien maligne, tu sais plus quoi répondre, ni quoi penser hein ?!!
En effet depuis qu'il a commencé son monologue, elle n'a pipé mot et rien pensé, pas même une simple excuse. Ce qui a le don d'énerver le “calme” Antony. Elle le regarde droit dans les yeux et sourit.
- Tu n'as pas pensé que si tu n'entendais rien, c'est parce que je ne voulais pas te laisser entendre ?
Il se recule d'un pas, intrigué et surpris. Nous ne comprenons pas. Pourquoi dit-elle ça ?
- Tu sais, il y a des moyens #de cacher ce que l'on pense...Tu le fais toi-même.#
Elle fixe Anto, jette un regard furtif à Krys. Celui-ci a un petit sourire, somme toute assez satisfait.
- Tu...tu lui as appris ?! demande Aïen à Krys.
- Oui...je ne vois pas pourquoi je ne l'aurais pas fait...je partage ma science, ajoute-t-il avec un clin d'½il.
- Traître ! lance Antony.
Nous rigolons tous, excepté lui. Sa réaction est en fait assez disproportionnée par rapport à la situation. Et son énervement y est sûrement pour quelque chose...
- Dans un sens, c'est plutôt bien ! fais-je à Julia. Tu sais bloquer tes pensées, ce sera...comme avant.
- Locker, locker, on m'a dit ! Oui...
- Oui, locker, je sais, c'est pareil !
Nous nous installons sur le canapé et les deux fauteuils.
- Tiens, Anto, va donc chercher quelque chose à boire ou à manger pour te faire pardonner !
- Pour...QUOI ?!?!? Mais je n'ai pas à me faire pardonner quoi que ce soit, c'est à elle de me donner des excuses !!
- On n'agresse pas une fille comme ça voyons...continue Krys avec un sourire maniéré.
- Et si je m'excuse, tu y vas ?...
- Mmh...
- Comment ?
- OUI, j'ai dit !
- Bon beh pardon alors !...Ca te va ?
Anto par en bougonnant dans la cuisine, mais revient quelques minutes après, le c½ur plus léger. Nous grignotons un peu, chacun raconte un peu sa petite vie, pas toujours très passionnante, durant ces dernières semaines. Quand tout le monde a fini, vers dix-sept heures, Aïen lui propose de dîner en ville avec nous le soir même. Elle accepte, appelle ses parents pour les prévenir. Pendant ce temps, nous discutons de tout et de rien, surtout du restaurant où nous irons : bonne cuisine et, de préférence, près d'un lieu de rassemblement des foules...Tant qu'à faire deux en un...Elle revient se placer sur le fauteuil près de la baie vitrée. Dans l'autre fauteuil, Krys. Sur le canapé, moi, Aïen, Anto, non loin d'elle. Elle nous regarde tous. Une question lui brûle les lèvres, c'est évident. Elle baisse la tête un instant puis la relève, sous nos yeux attentifs.
- Comment...vous vous êtes connus ? Vous avez toujours été vampires ?
Je passe la main dans mes cheveux, Krys se remet au fond de son siège, Aïen la regarde droit dans les yeux, Antony se frotte les mains, la tête baissée. Aucun ne semble vouloir prendre la parole. Mais il faut bien briser le silence.
- Tu ne peux pas savoir à quel point...c'est une longue histoire...
Alors, il faut remercier une certaine lectrice de s'être fait un blog,
c'est ma manière à moi de lui souhaiter bienvenue...
bon, beh on est au chapitre 20...
va bien falloir que je me décide à le sortir c't'article...
Ici, c'est bien le point de vue de Matt ^^


