- Bon. Allez, faut qu'on te ramène Julia !
Anto s'est levé rapidement, suivi par Matt qui débarasse le table. Krys est toujours sur le canapé, les mains jointes, et me regarde en coin. On entend que le bruit de la vaisselle dans la cuisine. Puis Krys se lève à son tour, frotte mon bras doucement d'une main et part chercher nos manteaux.
- Je vais chercher Aïen...annonce Anto en se dirigeant vers l'escalier.
Je me tourne, brusquement, la main levée.
- Non ! Ce...c'est bon...je vais rentrer...
Ils me regardent, ne comprennent pas. Mais je ne pense pas avoir à me justifier. Chacun ses choix...chacun ses actes.
Elle prend son manteau et se dirige vers la sortie, tête baissée. ANto et Krys se regardent sans réagir. J'attrape ma veste à la volée et cours la rejoindre. Je saisis son bras. Elle se retourne.
- Eh ! Tu n'as pas dit au revoir...
Elle me sourit, embarassée. Anto et Krys viennent lui faire la bise. A bientôt, à demain...La nuit est déjà bien avancée. Nous partons, le pas lent, vers le parc, vers chez elle. Et je suis sûr qu'à travers l'obscurité ambiante, dans la pénombre d'une chambre éclairée par la lumière de la lune, quelqu'un la regrette déjà...
On distingue les nuages de buée que forment nos souffles dans l'air. Je frissonne. Il ne semble pas le remarquer...Je baisse la tête quelques instants.
- Matt...
- Hmm ?...
- Parle-moi de toi.
- Ah. Que veux-tu que je te dise ?
- Bah...
- On meuble le silence ?
- Oui...Parle-moi de toi, ta famille, tes amis...
- C'est pas large ça ! fait-il en souriant. Alors moi, je m'appelle Matt, j'ai dix-neuf ans, je fais des études pour devenir architecte pour vampires...euh...on s'arrête là avant de dire des conneries !...Famille ?...Mmmh...On évite d'en parler trop, en fait. Mieux vaut oublier qu'on a une famille...Aïen est le plus...affecté pour ça...Niveau amis, ceux avec qui je traîne le plus sont les garçons, que tu connais. Sinon j'ai toujours quelques contacts avec les amis d'enfance, les camarades de classe. J'ai connu un vampire très sympathique aussi, mais il a migré il y a trois ans. Une envie de voir le pôle nord...Mouais...J'ai toujours du mal à y croire.
Il avait mis ses mains dans ses poches, relevait parfois la tête pour ponctuer ses phrases de nombreuses mimiques.
- Et t'as une copine ?
Il s'arrête, brusquement, les yeux rivés sur le sol. Je me retourne. J'ai dit...quelque chose qu'il ne fallait pas ?
- J'en ai eu une, oui. Il y a quatre ans.
Silence. Il repart, passe devant moi. Je presse le pas pour me remettre à sa hauteur.
- Et alors ?
Il fait volte face. Son regard froid me paralyse. Il tient mes bras. Je sens son souffle chaud, tremblant, sur mon visage. Un instant, je remarque que les brindilles autour de nous s'enflamment. Sans ciller, l'air grave et triste, les yeux dans les miens, il ressert son étreinte en crispant la mâchoire.
- Elle est morte. Tuée par des vampires.
Il me lâche sans prévenir, reprend la marche. Après quelques secondes abasourdie, je cours le rejoindre. J'ai la voix cassée. Apprendre ce qui s'est passé...je pense que j'aurai du mal à reparler ce soir.
- Désolée, murmuré-je tout de même.
- Tu n'as pas à être désolée. Tu n'as rien fait dans l'histoire. C'est ma faute. Elle ne savait pas vraiment que j'étais un vampire. Elle s'en doutait, mais elle ne m'e a jamais parlé. Tu comprends, je n'étais pas prêt à lui dire. Mais j'étais fou d'elle...
Ses yeux s'embuent. Il refoule ses larmes avec un sourire.
- J'avais quinze ans, et je pensais déjà tout lui avouer, qu'elle m'aimerait toujours après...Je pensais même la demander en mariage !! Aujourd'hui, avec le recul, je pense que ça n'aurait pas marché. J'étais trop jeune, elle avait deux ans de moins que moi, et de toutes façons...c'était peine perdue.
Il ralentit le pas.
- Je l'avais invitée dans une soirée où les garçons et moi étions sûrs de pouvoir s'approvisionner sans trop se faire remarquer...Le seul problème a été que nous n'étions pas seuls. C'était à moi de la protéger. Les autres faisaient comme d'habitude. Je suis allé prendre l'air deux minutes et quand je suis revenu, elle n'était plus là. Je l'ai cherché, j'ai repéré ses pensées. Puis plus rien. Je suis sorti en vitesse, j'ai couru jusqu'à le lisière du bois. Elle était là. A mes pieds. La gorge déchiquetée, les vêtements en lambeaux.
Quelques larmes roulent sur sa joue. Il est immobile, les poings serrés.
- C'était un travail de novice. Des novices ! Des novices ont saigné la fille que j'aimais plus que tout, pour qui j'aurais pu donner mille fois mon éternité sans aucun regret !! Un vampire qui a ne serait-ce qu'un peu d'expérience sait qu'on doit toujours faire disparaître les corps, les atrocités. Au moins par respect ! Pour les autres. Mais il n'y avait pas que ça : la manière dont...son cou...qui était...et puis elle s'était débattue, suffisament pour que ses habits soient déchirés ! Toujours immobiliser la personne, le plus vite possible. Et...l'odeur. L'odeur des débutants, sans expérience, sans manières de faire. Les vampires abandonnés. A peine nés à l'immensité, déjà abandonnés, seuls. Ils s'en sortent comme ils peuvent. Mais c'est souvent un massacre pendant plusieurs années...Et ils laissent beaucoup de traces...Je les ai retrouvés, continue-t-il en me regardant. Je les ai retrouvés. Ils étaient deux. Les vampires n'ont pas le droit de tuer d'autres vampires. Sauf sous certaines conditions. Et j'ai fait en sorte qu'elles soient réunies.
Il me prend les mains. Je sens encore quelques tremblements.
- Quand tu consummes un vampire, c'est long, fastidieux. J'ai attendu, pour les deux. J'ai ensuite enfermé leurs cendres dans un bocal et...je les ai déposé près de la tombe de...de...
Il s'effondre en larmes dans mes bras. Je manque de m'écrouler. Les larmes me montent aux yeux. Les siennes coulent sur ma peau, mes habits.
- Je n'ai pas pu la sauver ! Je n'ai pas pu la sauver ! s'exclame-t-il tout bas.
Il tente d'étouffer ses sanglots. La pluie commence à tomber, tout doucement. Je le serre contre mon épaule, il me serre dans ses bras. Puis il se redresse, essuie ses larmes et les miennes, se retourne. Il tourne la tête pour me tendre la main et nous marchons, le pas plus pressé, vers la maison. Il me fait la bise, me fait promettre de tout garder pour moi et repart. La pluie s'est calmée. Mais parfois quoi qu'il advienne, la rage, et même la tristesse restent.
Que celle qui m'a dit que je me ramollis ose le répéter !!!
Parce que déjà que j'avais l'impression que je vous avais un peu déçus dans le dernier chapitre...
J'ai eu l'impression que vous ne postiez que pour avoir la suite...
Moi j'aimerais bien avoir des avis plus approfondis...

