__________________________________Chapitre 40_____________________________ ______ L'amour est transparence, c'est la puissance de l'un qui provoque la puissance de l'autre, c'est vouloir plonger pour pouvoir ensuite s'envoler. ________ Sylvie Sicotte

__________________________________Chapitre 40_____________________________ ______ L'amour est transparence, c'est la puissance de l'un qui provoque la puissance de l'autre, c'est vouloir plonger pour pouvoir ensuite s'envoler. ________ Sylvie Sicotte


[Anto]


A moitié affalé sur la table, je bâille sans me soucier de rien. Dehors les oiseaux gazouillent, le printemps s'installe et les fleurs...fleurissent. Allez, bientôt les bikinis...J'émets un autre bâillement sonore.
- ANTONY !!!
- Mmh ? m'informé-je en relevant la tête.
- Vous voulez aller dormir ailleurs ?
Pourquoi pas.
- Si vous ne voulez pas de moi, madame...
- Ce n'est pas une question de vouloir de vous ou pas !!! Vous savez pertinemment que vous passez vos examens en fin d'année, dans quelques mois, et le fait que vous soyez à présent majeur ne change rien !!!
Au contraire, vous ne pouvez pas savoir à quel point.
- Et si je vous interroge maintenant, je me doute bien que vous ne serez pas au point !!!
- Vous pouvez toujours essayer.
Mais c'est qu'elle enrage la dadame. Elle me convoque sur le champ au tableau. Je soupire et me lève malgré tout. Enfin un peu d'action.
- Le début de la Seconde Guerre Mondiale ?
- Huit septembre1938, après l'assassinat du duc de Sarajevo.
- La masse molaire d'une molécule de H4C2O4 ?
Je passe un regard rapide sur la classe.
- Quatre-vingt-douze moles.
Dixit la jeune fille aux cheveux blonds méchés de brun, au deuxième rang, à elle-même.
- Quelle est le cosinus de la formule au tableau ?
Je jette à peine un ½il à ce qu'elle me désigne d'une main.
- (2π / 3) + 1/2 X.
L'intello de la classe à son subconscient. Merci mec. Même si je ne suis pas ton subconscient. La prof commence à s'énerver. C'est gonflant un insolent qui donne les bonnes réponses, hein ?...
- L'hormone liberée lors d'un combat entre deux personnes ?
Pff...Si elle commence à m'attaquer sur mon domaine...
- L'adrénaline.
Je m'assieds plus confortablement sur son bureau.
- Ce qui a pour effet d'augmenter le diamètre des vaisseaux sanguins et d'accélérer ainsi la circulation du sang dans le corps.
Je passe instinctivement ma langue sur mes lèvres en lui souriant. Elle ne comprend pas. Tant mieux en fait.
- A votre place. Et que je ne vous vois plus rêvasser.
- Hmm.
Mes camarades sont époustouflés par ma prestation et ma rapidité. Normal. J'aurai sûrement réagi pareil dans d'autres circonstances. Je retourne à ma place d'une démarche traînante et retombe lourdement sur ma chaise. Le coup de l'adrénaline, je l'ai appris il y a quelques années. C'est tout con : tu fais peur à quelqu'un, ou tu le provoques, montée d'adrénaline, vaisseaux sanguins qui se dilatent, et ça passe encore mieux quand tu mords...Je passe ma langue sur mes dents. Hors de question que je meurs d'ennui pendant l'heure qui reste...Tiens. Et si je m'amusais un peu ?...En supposant bien sûr qu'il ne soit pas trop occupé. # Alors Krys ! Quoi de neuf de ton côté ? #. Pas de réponse. Tant pis. Si j'essaye Matt ou Aïen, je me fais exploser. Bah...Je ferme les yeux et pose ma tête contre la vitre. Et si...# Pas grand-chose. La vieille bique continue son cours et ton jumeau a décidé de passer à la vitesse supérieure avec Maria. # Je souris, les yeux toujours fermés. En fait, il est là. # Tu parles de qui quand tu dis “mon jumeau” ? # # Bah, de Marc quelle question ! # # Eh, je t'interdis de dire que ce mec est mon jumeau !! C'est un gros pervers dégueulasse qui se fait des nanas juste pour avoir de l'activité dans son lit !!! # # Et toi tu te fais pas nanas pour le lit peut-être ?...# # Ca fait un bail qu'une fille n'a pas dormi dans mon lit...# #C'est vrai que tu vas directement chez elles # # Ouais. Bon sinon à part ça ? # # Rien. Déplorable. # # Attends, attends, j'ai une idée ! # C'est vrai en plus. # Oulà. Vas-y explique # # T'inquiètes, je vais essayer d'utiliser des mots simples pour que tu puisses comprendre # # Non mais dis tout de suite que je suis débile !!! # # T'es débile # Et moi je suis en train de me marrer tout seul au fond de la classe. # Tu pense que Julia a locké ? # Silence. # Euh, je sais pas. Mais tu sais, elle ne contrôle pas aussi bien que nous à qui elle envoie ses pensées. Je lui ai pas appris, ça. # # Bah, c'est juste pour s'amuser # # C'est par rapport à Aïen que je te dis ça... # # Pas grave. J'imiterai Forest !!! # Je me concentre un peu. Au bout de quelques secondes, j'arrive à capter les pensées de Julia. Cours de Géographie. Ennuyeux à mourir. Je peux voir à travers ses yeux sans qu'elle le sache. # Elle n'a pas locké ! Je t'envoie le son et l'image ? # # Vas-y # Un tableau blanc et une jeune femme avec un chignon qui débite les richesses naturelles du pays présenté. Je peux voir que Julia tourne son crayon dans ses mains. Apparemment, il n'y a pas que nous qui nous emmerdons. Un petit tour de magie. Je lui envoie quelques images savamment fabriquées. Krys, un tequila à la main, qui fait un strip-tease debout sur le bureau d'un enseignant...Arrêt cardiaque assuré !!! La voisine de Julia se retourne vers elle.
- Bah, Julia, qu'est-ce qui se passe ? T'es devenue toute rouge et là t'es toute blanche ?!...
J'explose de rire, tape ma main contre la table. Je devine Krys dans le même état. # Putain !!! Mort de rire !!! Mais t'es vache quoi, pourquoi moi ?! Ahahaha !!... # # Elle aurait p'têtre moins réagi avec Aïen. Et ne parlons pas de Matt !!! # La voisine de Julia lui tapote le bras. # ANTONYYYYYY !!!!!!!! TU FAIS CHIER !!!!! # # Ah !! Elle a capté !! # # Ca va qu'elle entend pas ce qu'on pense...# #Ouais, c'est encore plus drôle !!! Elle s'énerve toute seule !!! # # Antony...# Merde. Voilà Aïen le justicier. Je sens ma chaise tirée par le bas. Dans un grand fracas, je m'écroule à terre, contre les pieds de ma table. Ouah, c'que ça fait mal !!!! # Krys, au secours !!!! Aïen m'attaque !!! # # Ah parce que Krys aussi... !! #. Toute la classe s'est retournée vers moi, les élèves comme la prof, tandis que je suis à moitié plié de rire et de douleur à terre. La prof s'approche de moi d'un air désespéré. La sonnerie retentit. Je me lèves précipitamment sous les yeux éberlués de tous, range mes affaires en un clin d'½il et, me tenant la côte, le sac sur l'épaule, sors de la salle rapidement. # Krys !! # # Cours Forest !!!! #


[Aïen]


- Toc toc toc, c'est moi !!
- Entre.
Je lui souris. Pas qu'elle ait l'habitude d'être en retard, non. Juste que ma Julia est très, très souvent pas du tout à l'heure. Dans le genre un quart d'heure après. Enfin, je ne vais pas me plaindre.
- Alors ça avance ? me demande-t-elle en posant ses affaires dans un coin.
- Mhm.
- Tu sais...fait-elle en me regardant, les mains sur les hanches, je pensais pas que tu le ferais vraiment...
Je me retourne et m'apprête à lui lancer un regard qui se veut assassin. Mais comment mettre mes projets à exécution quand elle me regarde avec une petite moue, fière de moi, les yeux qui brillent. Vêtu de ma blouse de travail blanche, le pinceau plein de colle dans la main, je me dirige vers elle pour la serrer dans mes bras.
- Aaah !!! Aïen !!!
- Bah quoi ?
Elle me repousse tandis que je lui fais mon plus beau sourire. Elle s'éloigne de moi et inspecte l'appartement.
- Déménagement récent ?
- Oui.
- T'as déjà fait quelque chose ?
- Posé les bâches, le papier peint dans la chambre et j'ai commencé à peindre ici.
- Ah...
- Tu peux m'aider si tu veux.
Elle se penche par l'entrebâillement et me regarde fixement.
- T'as eu de l'espoir là, non ?
- Bah non.
- ...T'as vraiment cru que j'allais t'aider à peindre alors que j'ai rien pour me protéger ?
- Tu n'es pas obligée de peindre ! Tu peux m'aider en regardant comment se montent les meubles là-bas, par exemple.
Elle jette un ½il aux planches et vis entreposés à l'autre bout de la pièce et se rapproche de moi avec un grand sourire qui en dit long.
- Et qu'est-ce que j'ai en échange ? demande-t-elle en passant ses bras autour de mon cou.
Je réfléchis quelques instants. Je serai tenté de répondre un bisou, mais bon. Je résiste à l'envie de la prendre dans mes bras, sachant qu'elle n'a pas de tenue de travail. En échange ?
- Je t'offre une gaufre près du petit lac ?!!
- Ouais, chouette !!
Ses yeux brillent, elle sautille dans tous les sens. Elle se rend rapidement aux meubles et commence à lire les notices. Au bout d'un moment, elle se lève pour changer la station de radio. Je finis de poser la première couche de peinture et elle m'aide pour monter les meubles. Et je dois avouer que le fait qu'elle ait d'abord lu et compris les notices de montage nous a permis d'être plus rapides et efficaces. Elle me prête ensuite ses bras pour installer le mobilier puis s'assoit sur les bâches, au milieu de la pièce principale, en me regardant passer la deuxième couche de peinture.

[J]


Nous restons silencieux. Il applique la matière sur un pan de mur. Je me lève sans bruit et plonge un doigt dans le pot de peinture.
- Julia, tu as l'heure ?
Je ne réponds pas. Il tourne la tête et sa joue rencontre mon doigt. J'y étale la substance sur toute la longueur. Il reste interdit, la bouche et les yeux grand ouverts, à me regarder avec incompréhension. Puis il lâche son pinceau et commence à me courir après. J'éclate de rire et me précipite à travers l'appartement, priant pour ne pas m'étaler de tout mon long sur un objet quelconque traînant au sol.
- Reviens là toi !!! Reviens ici que je me venge !!!
Le ton est donné. Monsieur réclame vengeance. Nous continuons à nous courser en riant. Et puis je ne l'entends plus. Je m'arrête, le c½ur battant à la chamade. Je traverse les pièces, légèrement courbée, en retenant mon souffle autant que possible. A peine ai-je posé un pied dans le salon que je me sens entraînée à terre par un poids et une force lourds. C'est-à-dire, par Aïen.
- Non ! Aïen non !!
Il ne fait qu'à peine attention à mes protestations et me chatouille autant qu'il peut. Je suis pliée de rire sous lui. Il rit aussi, cherche à me maintenir à terre tandis que je me débats comme un diable.
- Alors, alors ? Comme ça on a décidé de me peinturlurer le visage ?
- Ahah...Arrête !!!...Ahaha...Aïen !! Arr...arrête !!
D'un geste impulsif, je me saisis d'un pinceau abandonné non loin et étale une couche de peinture bleue sur son visage. Il plonge sa main dans un pot de peinture rouge sombre et après un « Tu l'auras voulu !!! » des plus convaincus, me barbouille le visage avec la mixture. Je me dégage de son étreinte forcée et, après avoir plongé mes mains dans un autre pot, lui applique la peinture sur le visage, les vêtements. Nous jouons comme des gamins et les pots de peinture finissent sur nous et nos vêtements, plutôt que sur les murs. Nous sommes écroulés de rire à terre, lui sur moi. Il arrive à m'attraper les poignets d'une main et rapproche dangereusement une main pleine de peinture noire “waterproof” de mon visage.
- Alors ? On s'avoue vaincue ? m'indique-t-il avec un sourire triomphant.
- Jamais ! lancé-je.
Je lui tire la langue et fais une grimace en fermant les yeux, prête à avoir une couche de peinture en plus sur le visage. Pour ce que ça change ! J'entends la bâche se froisser près de mon oreille. J'ouvre les yeux, surprise, et sens ses lèvres sur les miennes.
- Je suis pas salop à ce point quand même...me souffle-t-il avant de me réembrasser.
Je lui rends son baiser et m'accroche à lui. Il a enlevé la peinture de sa main en s'essuyant sur la bâche. Il passe sa main dans mes cheveux. Je me sépare un court instant de lui.
- Presque ! murmuré-je avant de taire ses protestations en le serrant encore plus contre ma bouche.
Après quelques instants enlacés, il se lève et me tends la main. Il propose d'aller se changer. Moi et mes pauvres vêtements de ville sommes remasteurisés version “Aïen et la peinture”. Lui n'a qu'à remettre ses habits de ville. Je regarde le rouleau s'activer seul sur le mur pendant que mon amoureux prend une douche. Sa voix qui m'appelle m'arrache à ma contemplation. Il est tout beau, tout neuf. Je lui fais une grimace. Il m'invite à m'asseoir sur le rebord de la baignoire et passe un gant mouillé sur mon visage.
- Bou bou bou...On nettoie la boubouille ma chérie ?!!...
- Mais euh !! Si tu m'avais pas mis plein de peinture, t'aurais pas à le faire ! me défends-je.
- Et qui a commencé, hein ? lance-t-il avec un sourire en passant le gant sur une partie de mon visage et ma bouche, m'empêchant presque de parler.
Je ne réponds pas, sachant parfaitement que je suis en tord. Je fais mine de le bouder. Il finit de me débarbouiller et passe un doigt mouillé sur ma joue pour effacer les dernières traces.
- Mais je ne regrette rien...rajoute-t-il en posant doucement ses lèvres sur les miennes.
Je ferme les yeux et souris. Nous reviendrons finir de ranger demain, les propriétaires ne rentrent que la semaine prochaine. Nous quittons la demeure, après s'être assurés que le mur était bien fini. Nous rentrons chez lui. Les garçons ont laissé un mot, disant qu'ils étaient partis dans le centre. Aïen prépare le dîner tandis que je vais me doucher. Il me passe un jean et un t-shirt noir à motifs verts. Tiens, il me va ! Ah, il est à Krys...Bon beh...voilà. Nous mangeons tous les deux, je lui parle un peu de ma vie avant mon déménagement. Si, si, je ne lui ai pas encore tout dit. Presque, mais pas tout ! Il me parle de ces quelques voyages à l'étrangers. J'ai même le droit, après avoir mangé, de voir ses photos ! Nous nous installons sur le canapé. Je pose ma tête sur ses genoux et il me raconte chaque souvenir que lui évoquent les photos qui se lèvent et se reposent sur la table au fur et à mesure, tout en me caressant la tête d'une main.
- Au fait...tu me dois une gaufre au bord du lac, lui rappelé-je en bâillant.
Il sourit et continue ses récits.

[Aïen]


- Et là, c'est un garçon que j'ai rencontré là-bas. Il avait une quinzaine d'années, j'en avais 8 ou 9. On a voulu escalader la montagne à proximité, mais mes parents n'étaient pas d'accord...
Je souris en repensant à ce petit contretemps qui m'avait beaucoup vexé. Mes parents... J'entends son souffle régulier, tandis que ma main continue de caresser ses cheveux et son dos. Je me lève en essayant de ne pas la réveiller. Je la prends dans mes bras, elle s'accroche, toujours endormie, à mon cou et ses jambes à ma taille. Je la dépose sur le lit de la chambre du bas et lui enlève juste la ceinture. Je repose la couverture sur elle et referme doucement la porte. Je retourne au salon et range les photos dans la boîte tandis que la vaisselle se fait dans la cuisine. Je ferme la boîte et, après avoir vérifié que la vaisselle est propre et bien rangée, et que la boîte s'est rangée toute seule dans ma chambre, j'attrape une veste et sors de la maison. Je m'assure une dernière fois que tout est bien fermé et me rends dans un endroit proche où j'aurais la chance de croiser quelques compléments de repas...



Et voilà ^^ Nouveau chapitre, et le 40 en plus !
J'avoue, j'étais particulièrement de bonne humeur quand j'ai écrit ce chapitre ^^
J'espère que vous n'avez pas été trop perturbées
par les dialogues pensés et toutes les couleurs
je remets au cas où : italique pour Antony, bleu très clair pour krys,
vert pour Aïen et rose pour Julia ;) voili voilou
J'espère que la reprise s'est bien passée pour toutes
moi j'étais malade... N'oubliez pas de me donner vos avis :D
Et : non, je n'écrirais pas le petit truc du dernier chapitre en plus gros 8-p

# Posté le vendredi 07 novembre 2008 06:28

Modifié le samedi 08 novembre 2008 11:59

__________________________________Chapitre 41_____________________________ ______ Ce sont les événements qui commandent aux hommes et non les hommes aux événements. ________ Hérodote

__________________________________Chapitre 41_____________________________ ______ Ce sont les événements qui commandent aux hommes et non les hommes aux événements. ________ Hérodote


[M]


J'ouvre les yeux avec peine. La lumière au plafond m'a littéralement aveuglé. Saleté de panne de courant. Pourquoi est-ce qu'il a fallu qu'on laisse des lumières allumées ? En cet instant précis, je regrette de ne pas avoir les facultés d'Aïen, entre autre de pouvoir éteindre cette foutue lampe basse consommation qui me fait de l'½il, sans avoir à bouger du lit. J'enfonce ma tête sur l'oreiller et cherche à tâtons de la main un certain objet sur ma table de nuit. Je sens quelque chose de carré, ou plutôt rectangulaire, plat. Je m'en saisis et le lance à l'aveuglette en direction, du moins je l'espère, de l'interrupteur. Un “bam”, puis un autre, signes que l'objet a cogné le mur et est retombé. Je tourne un peu mon visage et reçoit un flot de lumière, à nouveau. Mais j'ai jamais de chance moi ou quoi ?!! Je repousse rageusement les couvertures avant de cogner d'un geste brutal l'interrupteur. Je recule de quelques pas et retombe lourdement sur le lit. Je fixe le plafond encore dans la pénombre et émerge plus calmement et doucement à la réalité. Je tourne un peu la tête. L'écriture rouge lumineuse m'indique 8h27. Je soupire. De toutes façons, je ne me rendormirai plus. Je m'assieds sur le rebord du lit, passe la main dans les cheveux. Verts foncé, courts. Voilà, très bien. Je ne reste pas plus de temps à contempler mon visage où se lisent encore la fatigue et la soirée de débauche de la veille et me rends à l'escalier. Des chuchotements me parviennent. Je ne retiens même pas un long bâillement.
- Tiens. Bonjour Matt !
- 'jour, fais-je avec un signe de la main.
- Bonjour !! Bien dormi ?
- Mmh...Dur, dur. Panne de courant. Et...soirée crevante.
Elle sourit.
- Oui. Je vois ça ! Krys m'a raconté un peu...
Le concerné me regarde avec compassion et me tend un pain au lait. Je m'en saisis nonchalamment et croque dedans. Puis je relève la tête vers mes deux compagnons de petit déj'.
- Et...vous ? demandé-je. T'as dormi là Julia ?
- Oui. Aïen m'a passé...
- ...un jean à lui et un t-shirt à Krys. Je vois ça.
Long silence.
- Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? demande-t-elle.
- Dormir...maugréé-je en posant mes coudes sur le bar. Pioncer. Se la couler douce.
- Attendre qu'Antony revienne et aller réveiller Aïen, enchaîne Krys. Tu vois, rien de bien passionnant.
- On est quel jour ? le coupe-t-elle.
Quel jour ?...Euh...Bonne question.
- Dimanche.
- Oui mais le combien ?
- T'en as d'autres des comme ça ? réplique Krys en riant.
Il pose son bol et son verre dans l'évier et se dirige vers le salon.
- Je vais prendre ma douche ! lance-t-il gaiement.
Il disparaît. Je la regarde avec un petit sourire tandis qu'elle tourne la tête vers la porte. Où le visage de Krys a réapparu un instant.
- 21 février, lâche-t-il d'un air malicieux avant de disparaître.
Nous rions de sa bêtise. C'est vrai qu'il est gentil et tout. Mais qu'est-ce qu'il peut faire comme conneries des fois...Ca fait peur...Julia et moi continuons de parler de tout et de rien. Sur le coup de neuf heures, elle demande, plus à elle-même qu'à moi, si elle peut aller réveiller Aïen. Je verse du jus d'orange dans un verre et y ajoute un peu de cannelle en poudre avant de le lui tendre. Elle s'en saisit.
- Pour Aïen...Comme ça tu n'y seras pas allée les mains vides.
- ...De la cannelle ? fait-elle en souriant.
- Non, non, du piment d'Espelette version jambon fumé.
Elle rit, range ce qu'elle a utilisé et se rend avec le verre à l'étage.

[J]


Je toque doucement à la porte de la chambre. Pas de réponse. J'entre silencieusement et laisse le verre sur la table de nuit. Je pose un genou sur le drap et me penche, les mains appuyées de chaque côté du corps d'Aïen, vers son visage. Mes lèvres effleurent le coin de sa bouche, le mordille délicatement. Pas de réaction notable. Je souffle sur son front et retiens un petit rire quand ses yeux se plissent. Il bouge un peu, de façon à me tourner le dos. Je fronce les sourcils et me relève. Mais une main attrape mon poignet et m'attire sur le lit. Je me retrouve près d'Aïen, qui passe une jambe et un bras sur moi pour m'amener à lui. Tout en gardant les yeux bien fermés.
- Rhooo Aïen...
Un grognement.
- ...Faut se lever, tu m'étouffes !! lancé-je en essayant de me libérer.
J'entends un murmure et me stoppe.
- Quoi ?
- Je te laisse seulement si tu me fais un bisou, répète-t-il les yeux mi-clos.
Je soupire et me penche pour poser le bisou tant réclamé sur sa joue. Il intercepte ma bouche et me serre plus fort contre lui. Il écarte le drap d'une main et me fais passer sur lui, tout en continuant notre baiser. Nous roulons sur le lit, collés l'un à l'autre, jusqu'à ce qu'une sensation de chute et un bruit sourd nous arrêtent.
- Aaah !!.. gémit-il.
- Ca va ?
Il esquisse une grimace de douleur et essaye de se plier en deux. Mais je suis sur lui et, sans le vouloir, l'en empêche. Je m'écarte pour l'aider à se relever.
- Je viens de me tuer le dos par terre, et encore plus, parce que tu étais sur moi !...Ca irait toi à ma place ?
- Euh...fais-je, gênée, en lui prenant doucement les bras. Je suis désolée. En fait, j'aurais pas du venir, lâché-je après l'avoir allongé sur le lit.
Je suis en colère, mais j'essaye de ne pas le montrer. Alors comme ça, c'est de ma faute ? Pauvre chou, tu n'aurais pas dû demander d'affection, hein ! Je m'apprête à sortir, pour la deuxième fois ce matin.
- Non ! Reste. Je suis désolé, murmure-t-il en me tendant une main.
Je la saisis et retourne m'asseoir près de lui. Il m'observe les yeux à moitié fermés et caresse du pouce la paume de ma main.
- C'est juste que...tu vas devoir encore plus me faire de bisous, si tu veux que je guérisse...
Je lui souris et me penche vers ses lèvres. Il passe son autre main dans mon cou et rapproche nos visages, nos bouches qui se réclament. Il relâche la pression. Mon visage est encore près du sien.
- Là, ça va mieux, fait-il avec un sourire.
Nous rions doucement.
- Tu es belle, souffle-t-il près de mes lèvres.
Des centaines de papillons de joie parcourent mon ventre, et je suis sûre d'avoir les yeux qui brillent. Il le remarque et caresse ma joue d'une main. Après quelques instants ainsi, nous nous relevons et il pose un bisou sonore sur ma joue quand il remarque le verre de jus d'orange à la cannelle.

[]


La matinée est vite passée, nous venons de finir de déjeuner. Julia est toujours avec nous. Elle m'a demandé si je n'avais pas gardé certains de mes cours de première, les cours de biologie. Et en ce moment, je suis dans ma chambre, à mon bureau, et j'essaye depuis au moins dix bonnes minutes de trouver cette satanée pochette où j'avais mis certains de mes cours. Ca doit bien être le troisième ou quatrième tiroir que je range après l'avoir presque vidé sur le sol. Enfin presque...les trois quarts en fait. On toque à la porte. Sans lever la tête, je lance un « Entre, c'est ouvert ! ». C'est Julia. Je reconnais son odeur et ne peux m'empêcher de lui sourire quelques secondes, avant d'ouvrir l'armoire pour en sortir une caisse.
- Raaaaah, ça m'énerve !
Je la sens sourire.
- Laisse, c'est pas grave. De toutes façons, tu n'étais pas dans la même filière que moi...
Je soupire avant de remettre la caisse dans l'armoire. Et le pire, c'est qu'elle a raison. Elle est assise sur le lit, les mains de chaque côté et regarde mon reflet dans le miroir. Je me retourne et m'approche. Accroupi devant elle, je posais ma tête sur ses genoux. Elle caressa doucement mes cheveux.
Après quelques minutes, je relevai la tête et la regardai dans les yeux. J'avais envie de l'embrasser, d'embrasser son cou. Et pour la première fois depuis longtemps, je ne ressentais plus cette envie de mordre, par pur plaisir ou par besoin de sang.

[J]


Ma main avait glissé sur sa joue. Il la prit dans la sienne et, en continuant de me regarder, embrassa mes doigts, ma main. Il se releva, déposa un baiser sur mon front, mon nez, ma bouche. Il prolongea ce dernier baiser, je sentis sa main dans mon dos, il m'allongea doucement. A mon tour, je le retenais par notre baiser. Il me prit une main, releva doucement la tête. Je fermais les yeux et le sentis revenir contre moi. Il posa son autre main dans mon cou, y laissa un baiser doux et s'arrêta quelques secondes. J'étais confiante et ne m'éloigna pas. Il continua donc ses baisers. Je devinais son sourire, sa joie. Je souris moi aussi.

[K]


Je reposais le verre dans l'évier et sortis de la cuisine. Antony regardait la télé, avachi sur le canapé. Je remarquais qu'il avait les pieds dessus. Je fermais les yeux et résistais à l'envie de lui mettre une claque. C'était à mon tour de faire le ménage et moins je peux en faire, mieux je me porte. Je passais mon chemin et montais l'escalier. Je sortis de ma poche les clés de ma dernière victime et les fit tourner autour de mon doigt. Je m'approche de ma chambre et arrête soudainement les clés. Il y a un bruit suspect. Je me concentre un peu. Des battements de coeur. C'est vrai, Julia est là. Mais...ce n'est pas son rythme habituel...Je rentre dans ma chambre et ferme la porte. C'est comme le rythme d'un coeur quand...Non ! Ils vont quand même pas...! Contrarié, je lance les clés à l'autre bout de la pièce. Je retourne les chercher et les pose sur le bureau. Je souris. Je repense un instant à la bombonne de sang à qui ces clés appartenaient. Je vais fermer la porte à clé, retire cette dernière et la pose sous une pile de feuille sur le bureau. Puis je m'allonge sur mon lit et fixe le plafond en me concentrant.

[]


En face de moi, le plafond. Je ne comprends rien. Je pose ma main sur mon front. Je n'ai pas de fièvre et je n'ai pourtant pas rêvé ! Je regarde autour de moi. Bien...D'accord. Je me dirige vers la porte et essaye de l'ouvrir. Fermée. Et la clé n'est pas là. Je cherche des yeux autour de moi et ne la vois pas. Tant pis, je vais devoir faire du forcing.

[K]


J'embrasse son cou. Je respire son parfum, elle serre un instant ma main. J'entends la porte de la chambre à côté. Quelqu'un la force. Enfin, quelqu'un...Un déclic. Je l'embrasse encore. La porte de la chambre s'ouvre à la volée.
- KRYS, MER-DE !
Aïen, dans mon corps, se précipite vers moi. Oups.

[]


Et merde ! Je me retrouve de nouveau près de Julia, qui s'est redressée. Krys est en face de nous.
- Désolé...dit-il d'une petite voix en réprimant un sourire.
Je me lève, furieux, le pousse dehors brusquement et claque la porte. Julia me regarde, encore un peu étonnée. Elle baisse les yeux et fait un petit sourire.

[J]


Il me regarde, il ne comprend pas. Je ris. J'essaye de me calmer, il doit penser que je suis folle.
- C'est quand même comique comme situation, non ? je lui demande.
Je libère mes pensées. #Mais...attend, c'et quoi ça ? Aïen, Krys...Ah! Mais...d'accord. Bon, c'était pas prévu...#. Il comprend et se met à rire avec moi.

[]


J'ai compris. Nous rigolons sans nous retenir. Elle a de nouveau bloqué ses pensées. Elle est pliée de rire sur le lit. Je m'assois près d'elle en riant. Elle me tire en arrière et, à moitié sur moi, m'embrasse. Ma main descend le long de son dos. Elle arrête son baiser et me regarde dans les yeux avec un sourire et une pointe d'envie.
- On va faire un tour? lui proposais-je.
Elle accepte. Nous prenons nos manteaux et descendons.
- Attends! me dit-elle.
Elle prend le petit vase sans fleurs sur le meuble et se dirige vers le salon. Anto est sur le canapé, côté cuisine, et à côté, côté escalier, est assis Krys. La porte d'entrée s'ouvre sur Matt. Anto se retourne. Julia verse l'eau du vase sur la tête de Krys et dépose un bisou sur sa joue. Elle s'enfuit, me prend la main.
- Mais, c'est quoi ça ?! dit Matt, partagé entre la joie d'une bonne blague et l'incompréhension du geste.
Julia rit et m'entraîne dehors. Avant de passer la porte, elle lance :
- Il t'expliquera !
Et, en riant, nous courons vers le parc et la ville, où nous nous attardons quelques heures, avant de retourner chez moi...
- Tu veux...venir à la maison ce soir ?
Elle me regarde tendrement, avec appréhension. Dormir, enfin venir chez elle ?...Pourquoi pas ?! J'acquiesce. Ses yeux brillent.
- Mais il faudra que...enfin que je mange un peu avant...
- Oui. Bien sûr...On pourrait...
Tout en parlant, elle pose sa main sur son épaule, près de sa gorge. Je la regarde avec effroi.
- Non !!! Je ne veux pas ! Hors de question ! lui crié-je presque.
Elle stoppe son geste, surprise.
- Tu ne veux pas quoi ?
- Pourquoi tu mets ta main près de ta gorge ? Je ne veux pas te...
- Ah, désolée, me coupe-t-elle avec un sourire d'excuse. Je ne pensais pas à ça...Je pensais qu'on pourrait aller au parc...
- Ah...Tu...Tous les deux ? Tu veux venir ?...
Elle hoche la tête. Nous signalons notre départ aux garçons, prenons nos manteaux et sortons de la maison. La savoir près de moi alors que je vais devoir mordre...enfin pour être plus cru, tuer des gens...ça me rend extrêmement mal à l'aise. Je n'ai pas envie qu'elle le voit. Comme si elle devinait mes pensées, elle me précise qu'elle ne regardera pas, et qu'elle se tiendra à l'écart. Je la remercie en silence en posant un baiser sur le coin de sa bouche. Un jeune homme, d'une vingtaine d'années passe près de nous. Elle me désigne la fontaine d'un mouvement de tête et part m'y attendre tandis que je m'approche rapidement et sans bruit de l'homme.
Une fois ma petite besogne exécutée, je me rends à la fontaine. J'arrive par derrière et lui pince les côtes rapidement en faisant « Bouh ! »...Enfantin, je sais. Elle sursaute et se tourne brusquement vers moi, avant de rire nerveusement et de soulagement de ma “blague”. Nous continuons notre promenade. Je me fais l'effet d'un chien qui suit son maître, bien que ce soit totalement ridicule. Mais je serais le chien et Julia, ma maîtresse. Qui attendrait que son “compagnon” fasse ce qu'il est venu faire...Elle a posé sa tête sur mon épaule et me parle tout bas des souvenirs qu'elle garde de jeux avec son grand frère. Une femme d'une soixantaine d'années est assise sur un banc non loin. Les yeux de Julia m'interrogent. Presque à regret, je me dirige vers la doyenne, Julia toujours à mon bras. Elle continue son chemin vers les jeux d'enfants, où elle m'attendra, tandis que je m'arrête à hauteur de la femme dans le but de lui parler un peu...Pour la première fois depuis longtemps, le bruit des os qui craquent silencieusement me fait froid dans le dos. Je ne peux me résoudre à me dire que c'est moi qui fais ça. Je me rends vers les jeux.

[An]


Il est presque 23 heures. J'ai reçu un appel qui m'a un peu contrarié. C'est vrai quoi, quelle idée de m'appeler alors que j'étais vraiment à deux doigts de conclure !!! Je me rends d'un pas rapide vers la maison et entre, essoufflé. Krys et Matt sont là. Aïen fait les cents pas.
- Aïen...je...j'espère que tu ne nous a pas...appelés pour rien...
Il se tourne brusquement face à nous, laissant exploser son angoisse et débite le plus vite possible :
- Elle a disparu. Julia a disparu.



P'tin, c'est bien parce qu'y en a une qui insiste que je publie hein !!!!
8-p
"suite à un bousillage intensif d'yeux sur msn et des argu' vraiment mauvais..." xD

750'
800' la folle qui m'en a mis 37 d'un coup xD

# Posté le mardi 11 novembre 2008 07:30

Modifié le mardi 18 novembre 2008 12:15

Hum.

Hum.
Vous vous rappellez d'un article qui servait à rien, à part à dire quel personnage vous aimez....Oui ? Eh beh, vous allez jamais me croire.... : je remets ça xD

Donc, c'est le même principe, sauf que, au final, c'est pour ...ne pas publier parce que le chapitre précédent est long et le suivant l'est encore plus...
...voir qui est le plus populaire, le plus apprécié pour le moment, si vous avez changé d'avis... comme Stressy par exemple... (Stressy...si rappellez-vous, la fille dont vous étiez quasiment toutes sûres que c'était une vampiresse... :D )
...s'il y a des scènes que vous avez aimé avec certains des personnages, et qui les ont fait monter dans votre estime (genre...)...
... s'il y a des idées de suite que vous avez, et que vous voudriez bien lire...
...et si vous aimeriez avoir une sorte de fiche d'identité d'un ou deux des personnages, même si c'est pas dit que je le fasses tout de suite.

Si vous avez plusieurs personnages préférés, un com par personnage 8-p (pas chiante du tout)

On approche de la fin.... alors à vos claviers, et à vos argu' ^^

Aïen [ 3 ]

Antony [ 8 ]

Julia [ 3 ]

Krys [ 5 ]

Matt [ 6 ]

Autres [ 0 ]



EDIT : En fait, si vous pouviez faire un classement ça m'arrangerait xD sachant que plus votre personnage se rapproche de la première place, plus il aura de points ^^

# Posté le mardi 11 novembre 2008 07:48

Modifié le mardi 18 novembre 2008 12:31

OS > Nuit <





► ♦ ♣ ♠ ♥ ◄




Haletante, elle courait droit devant elle, à travers les rues désertes, sous les lumières faibles et blafardes. Pas un bruit autour, excepté celui de ses baskets tapant rapidement contre le bitume verglacé. Plac-plac-plac-plac-plac. Luttant pour ne pas céder complètement à la panique, elle jetta un regard en arrière, sans arrêter sa course effrenée. La buée qui sortait de sa bouche, rencontre entre la chaleur de son corps et la fraîcheur de l'air, lui monta aux yeux, la brûlant presque. Ses yeux lui piquaient, des larmes s'y glissèrent, tandis qu'elle se détournait pour poursuivre son chemin. L'essentiel était là : Il la suivait toujours, ombre vaporeuse et obscure, et les deux lueurs rouges étaient encore allumées, terrifiantes.

Un vent glacial s'engouffra dans ses cheveux, fouettant son visage, tandis qu'une série d'images s'imposait à elle. Tout se passait si bien, comment un tel revirement avait-il pu survenir ? La gorge serrée, respirant fort, elle chassa toute réflexion. Seule importait la fuite. Courir, se cacher...Lui échapper.

Arrivée à l'angle de la rue, elle trébucha. Sa jambe heurta une poubelle en métal dans une fracas assourdissant, ses deux mains butèrent contre le mur gelé. Elle les retira vivement, ressentant toujours l'intense douleur : celle du froid mordant des briques et du vent glacé contre ses mains éraflées. Elle bifurqua à sa droite, continuant d'avancer aussi vite que possible. Un chat s'enfuit devant elle en poussant un miaulement furieux. La rue étroite n'était éclairée que d'une unique lampe. Mais elle savait qu'au bout se situait la grande place, l'endroit où elle trouverait sûrement quelqu'un. Vite.

Elle se courba légèrement, hors d'haleine et s'engouffra entre les deux pans de mur à sa gauche. Au bout de quelques mètres, elle se cogna durement contre une paroi sombre. Elle tâtonna, chercha une sortie, les yeux affolés, le coeur battant à la chamade. Des bruits de talons, les talons de chaussures pour homme, se firent entendre posement dans la rue adjacente. Une impasse. Elle se retourna, au bord des larmes, cherchant toujours des mains l'invisible issue. Elle se laissa retomber doucement dans l'angle, entre les briques givrées, derrière une poubelle en métal vide. Elle tremblait, sa respiration était saccadée. La seule lumière provenait de l'autre rue. Elle étouffa les sanglots qui lui montaient à la gorge. Pourquoi ? Pourquoi ? Elle se recroquevilla, se collant le plus possible au murs. Si elle aurait pu d'abord mourir de froid, elle n'aurait pas hésité. Le bruit des talons s'arrêta. Elle retint son souffle, serrant fort ses bras et ses jambes contre son corps. Tac. Tac. Tac. Tac. La silhouette, imposante, noire comme la nuit, apparut à l'entrée de l'impasse. Les yeux rouges fixés sur elle. C'était fini. Maintenant elle le savait. Son coeur qui battait encore desesperemment la trahirait. Elle put distinguer à la lumière factice un petit sourire. L'ombre s'approcha lentement. La veste un peu longue frottait le sol, les murs. Elle laissa échapper un sanglot, de désespoir, de détresse. Un sanglot, un répit, avant de mourir. L'ombre était là, postée juste devant elle. L'avait-elle vue ? Question idiote. La silhouette sombre du vampire s'abaissa à sa hauteur. Les deux lumières rouges l'appellaient irremédiablement. Deux mains froides s'emparèrent doucement de ses bras. Elle détourna la tête, tandis que le visage de la créature venait vers le sien. Son souffle frais et inodore caressa sa peau. Elle frémit. Les lèvres se rapprochèrent de sa tempe, de son oreille. La joue froide se colla à la sienne. Un frisson lui parcourut l'échine. Un murmure, passé à travers les dents aiguisées. Un souffle prospère à travers un sourire sincère.

- Joyeux Halloween...




*
OS > Nuit <

# Posté le mercredi 19 novembre 2008 17:17

__________________________________Chapitre 42_____________________________ ______ Parce que, peut-être, tu seras la seule personne qui me sauvera________Oasis

__________________________________Chapitre 42_____________________________ ______ Parce que, peut-être, tu seras la seule personne qui me sauvera________Oasis


[M]


Lundi. Mardi. Mercredi. Et jeudi. Aujourd'hui, vendredi. Aucune nouvelle de Julia. Pensant au départ qu'elle avait dû rentrer en urgence chez elle, j'ai essayé de calmer les garçons, et surtout Aïen. Mais les appels se succédaient sans réponse, et Julia restait invisible même à l'école. Nous nous sommes vraiment inquiétés lorsque la mère de Julia a appelé Aïen sur son portable. Depuis le téléphone de Julia. En demandant si elle comptait passer la semaine chez nous ou si elle viendrait donner des nouvelles de temps en temps...Aïen lui a alors avoué, sous le coup de la panique, qu'il essayait de la joindre depuis dimanche soir déjà, et qu'il la pensait malade. Un grand silence s'en suivit. Puis un long bip sonore continu. Aïen nous a regardé affolé, a prit son manteau et est sorti aussi précipitamment que s'il avait eu le feu aux trousses.
Quand il est revenu, le lendemain aux aurores, il paraissait tendu et mort de fatigue. Il n'avait pas mangé, autant d'un aspect que de l'autre, et, voyant qu'il s'était directement dirigé vers sa chambre, nous avons bien vu qu'il n'avait pas l'intention de le faire. Mais il faudra bien aller lui parler. Parce que depuis trois nuits, et presque autant de jours, il reste enfermé à clé, ne mange pas, ne communique plus, même pas par la pensée, nous laissant pour seule compagnie le bruit irrégulier de ses pas traversant de long en large la pièce au-dessus de nos têtes.

[Aïen]


Le front appuyé contre le miroir de la salle de bain, il attend. Il attend la suite, la happy-end qu'il s'était promis. Il fait chaud. Il ouvre d'une poussée le robinet d'eau froide, laisse couler le liquide pur et transparent. Il lève la tête et croise son reflet dans la glace. Les traits tirés, ses cheveux blonds en bataille. Pour la première fois depuis déjà 7 ans, il paraît fatigué. Il passe de l'eau sur son visage. Encore. Pour le maintenir éveillé. Il a sommeil. Il a besoin de dormir. Plus de besoin que d'envie. Mais il DOIT rester réveillé. Il se redresse, ferme les yeux, les deux mains agrippées sur le rebord du lavabo. Puis il traîne ses pas à travers le couloir sombre jusqu'à sa chambre. Seule règne la clarté de la lune filtrant par les volets mi-clos. Il est minuit passé, il n'a pas mangé. Il n'ira pas. Il n'a pas faim. Il n'aura pas faim tant qu'il ne sera pas de nouveau avec elle. Son regard se pose sur le bureau, sur une barrette argentée. Elle lui appartient. Elle l'a oubliée la dernière fois qu'elle est venue. Et il compte bien lui rendre en mains propres. Il laisse ses yeux errer dans la pièce jusqu'à s'arrêter sur le lit. Ce lit où il a osé l'embrasser. Où il a, pour la première fois, posé ses lèvres dans le cou de quelqu'un sans avoir pour projet d'y planter ses crocs. Et cette personne ne pouvait être autre que celle qu'il aime. Oh, ça, oui. Maintenant il en est sûr : il l'aime, et l'a toujours aimé, d'aussi longtemps qu'ils se connaissent.
Comment ai-je pu la laisser ainsi en danger, moi qui ne voulais que son bien ? Je m'assois lentement à terre, adossé au petit meuble. Je ferme les yeux, à nouveau. Je sais qu'il y a quelque part dans la chambre une photo à laquelle je tiens beaucoup. L'unique photo que nous ayons faite ensemble. J'essaye de me souvenir, mais l'image reste floue. J'ouvre la main, regarde : la photo est là.
Il sourit. Elle est derrière lui et fait un grand sourire, tout en lui tenant les mains. Parce qu'il ne voulait pas être sur la photo. « Mais Aïen euh !!! Fais-la avec moi !! » demandait-elle. Lui ne voulait qu'elle sur la pellicule et le cliché. Mais elle a obtenu gain de cause, et trois jours après, elle le narguait, la photo en main. Il pose la photo sur le sol. Une rage muette lui tord l'estomac. Où peut-elle bien être ? Il se le demande toujours, inlassablement. Il se sent coupable, ne peux lutter contre ce sentiment qui l'envahit. Il lève les yeux au ciel, en attente d'une réponse.

[Anto]


Il fixe le plafond. Il passe la main dans ses cheveux. Le sang séché sur son épaule, le long de sa gorge, a la couleur de sa chevelure, de sa nuit. Rouge. Allongé, il se redresse doucement, appuyé sur le coude. Il contemple la jeune femme nue à ses côtés. Il laisse ses doigts glisser dans sa chevelure brune, sur chaque courbe de son corps, sans bouger. Il passe son index sur les lèvres glacées de sa belle inconnue, puis ferme ses paupières avec deux doigts. L'oreiller et le drap sont maculés de sang, celui qu'il a bu à la gorge de son amante d'une nuit. Il se remémore ces scènes un instant, puis se rassied. Une bonne nuit, il est vrai. L'amour était tendre et sauvage, le sang délicieux en bouche. Il n'avait même pas attendu qu'elle s'endorme. « Je dois t'avouer un secret » avait-il murmuré à son oreille, avant de poser un ultime baiser sur sa gorge. Comme toujours, la femme était trop épuisée pour se défendre. A peine a-t-elle réalisé ce qui lui arrivait...
Il se lève, remet son boxer et retourne son regard vers le lit. Il faudra tout faire disparaître, comme toujours. Plus tard. Il prend une douche, se rhabille. Il pose un dernier baiser sur les cheveux de sa défunte amante. Non pas qu'il soit sentimental de ce côté-là. Juste pour lui souhaiter bonne continuation. Comme un « Au revoir, mais à jamais »...Il sort de la chambre. Il finit son verre de champagne, posé sur le bar, et saisit les clés sur le meuble de l'entrée. Il referme doucement la porte, fait un tour avec les clés et sort de l'immeuble.
Sur le porte-clé pend un petit nounours noir. Je vais le garder, je le donnerais à Julia. Ma gorge se noue. Personne ne sait où elle se trouve et elle reste sans cesse lockée...Aucun contact possible, aucun moyen de savoir si elle va bien ou mal...Si elle est dans le même état que l'inconnue...Non, c'est impossible. Je me refuse à cette idée. Même si nous ne le laissons pas vraiment paraître, les autres et moi sommes tous inquiets. Aïen est sûrement celui qui en souffre le plus. Il reste cloîtré la plupart du temps. Parfois, il sort pour chercher la lumière du soleil ou de la lune. Pour chercher un signe, un signe qui ne vient pas. Et il ne fait rien à part, car il ne veut pas oublier. Il survit.
Nous survivons tous, à notre manière. Mais, contrairement à Aïen, Matt, Krys et moi n'avons pas arrêté de nous récolter le sang. La fatigue se fait sentir chez lui, car il a arrêté. Pour ma part, le jeu de traque me permet d'effacer un temps les soucis. Et le cafard ambiant qui va avec. D'ailleurs, la nuit n'est pas finie.
Un homme d'une cinquantaine d'années traverse la rue. Il le suit du regard. Celui-là aura-t-il bon goût ? Silencieusement, il suit l'inconnu et s'engage dans un parc.

[M]


Adossé à un arbre, derrière un buisson, il observe un couple sur un banc. Chacun porte une alliance. Fiancés ou déjà mariés ? Quoi qu'il en soit, le couple trentenaire a joué la carte du risque en sortant ce soir. Mais ils ne le savent sûrement pas. Il ne suffira que d'un coup de chaleur pour qu'ils tombent, inconscients. C'est parfois si facile.
Le couple s'embrasse au clair de lune. Je me rappelle cette même lune, cette même nuit, un autre couple. Plus jeunes, à peine 20 ans. C'aurait été facile aussi. Mais je voyais en eux Aïen et Julia. Et je les ai laissés partir, sans les déranger. Julia qui m'a aidé un jour où, sans l'avouer, je ne me sentais pas capable d'aller chercher quelque nouvelle gorge. Dans une boîte de nuit où j'aurais facilement trouvé de quoi subvenir à mes besoins. Julia...si gentille, si généreuse, si drôle. Son rire a laissé un écho partout où nous allons. Chaque détail rappelle son souvenir. Souvenir que nous aimerions tous de nouveau auprès de nous. Et non, comme un souvenir, mais comme une fille bien réelle, notre petite Julia. Il reste tant à partager...
L'homme se penche et cueille derrière le banc une petite fleur, qu'il tend à sa compagne, ravie. C'est attendrissant. Mais ça ne marchera pas. Il n'a pas que ça à faire de sa nuit. Il les fixe, la jeune femme s'évanouit sur l'épaule de son amoureux, inconscient. Il passe à côté de l'arbre, va boire un peu à la fontaine. Puis, avec un sourire, il se rapproche d'eux.

[K]


Il s'éloigne d'un pas rapide. Il entend derrière lui le bruit des vagues. La mer est agitée. Il aime cet état, ce sentiment de puissance avec une apparente fragilité. Il est pareil. Enfin presque. Il l'observe, ses yeux bleus clair plantés dans le bleu sombre des profondeurs...La mer est son alliée...Comme Julia. Il aurait aimé qu'elle voie ce paysage. Et pourtant, il est sûr qu'elle le verra. Qui sait, les chemins de la vie et ceux de l'éternité se croisent si souvent...
Je repense ma nuit. J'attire la sympathie des personnes qui me rencontrent, et ça m'est très utile. Cette dame était gentille. Je l'ai aidée cette après-midi à ranger sa maison. Je sentais qu'elle attendait quelque chose : la fin. Nous avons parlé. Elle m'a parlé de sa vie. Elle avait besoin de se confier. J'ai tout entendu, tout écouté : sa vie, son enfance, ses amours, sa joie pour ses enfants, sa tristesse lorsqu'elle s'est retrouvée seule et qu'elle a compris que personne ne viendrait plus la voir. Elle a parlé longtemps. Je revois très bien cette scène. Elle me dit qu'elle souffre. Qu'elle me souhaite de ne jamais vivre le mal qu'elle a vécu. Je la regarde, quand elle me dit que je lui cache quelque chose. Je baisse les yeux. Puis je me penche vers elle, prend sa main et lui dit que je peux peut-être l'aider. Elle me sourit et me dit qu'elle a toujours aimé la mer. Mais que maintenant, étant trop âgée, elle ne peut plus y aller, même si elle ne se trouve qu'à une quinzaine de minutes. Elle me pince la joue et déclare qu'elle est sûre qu'un jour, je l'y emmènerai...Je lui souris d'un air gêné. « N'aies pas peur de moi », fait-elle en riant. Elle me dit qu'elle se sent fatiguée. Elle me dit de rester tant que je veux et part se coucher. Je regarde la télévision. Trente minutes après, je me lève et me dirige vers le fond du couloir. La sage dame dort profondément avec un sourire. Je me penche sur elle et plante doucement mes crocs dans sa gorge. J'ai mis ma main sur sa bouche, mais elle ne crie pas.
Et maintenant, me voilà ici. J'ai exaucé son voeu : la mer et son corps ne font à présent plus qu'un. J'admire une dernière fois cette force et ce courage et tourne les talons. La route est longue. Le vent souffle, et la pluie commence à tomber.

[J]


L'eau salée glisse sur mon visage, sur mes joues. Je lutte pour rester lockée en permanence et mes forces s'épuisent. Je ne dors pas beaucoup, même si j'en ai énormément envie. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Je résiste tant que je peux à la fatigue physique et essaye de garder un bon moral. Je suis humaine après tout. J'ai aussi mes faiblesses, mais je dois les cacher. Je repense aux moments que nous passions ensemble, les garçons et moi...Ma première rencontre avec chacun d'eux...Aïen, puis Anto, Krys et enfin Matt...Mes découvertes les concernant, leurs capacités de vampires si l'on peut dire...Le baiser de Krys...La soirée en discothèque, le femme que j'ai "livrée" à Matt...Le premier baiser d'Aïen, et tous les autres...Tous nos instants complices...
Sa gorge se serre. Tant d'émotions. Elle revit le passé, s'imprégnant de chaque détail, de chaque geste. Un grand sentiment d'injustice l'envahit. Pourquoi elle ?...Elle aurait aimé avoir des nouvelles de son frère, de ses parents. Fuir avec ceux qu'elle aime le plus loin possible et vivre au jour présent. Elle essaye d'imaginer...Mais ses forces s'amoindrissent et la fatigue la guette. Elle ne cédera pas. Elle se lève et colle ses mains sur le mur. Elle tiendra bon.


Il n'y a rien que l'obscurité autour d'eux. Et juste le silence. Le silence, qui répond à leurs cris muets...



J'adore la musique....*sifflote*

*

Pour info, j'ai écrit ce passage avant d'avoir écrit qu'Aïen et Julia sortent ensemble
(et même avant que Julia et Krys fassent semblant je crois...)
donc ma C. , ce n'est pas suite à ton commentaire que je fais conclure Anto xD
Concernant le "depuis 7 ans", c'est parce que les garçons sont devenus vampires il y a 7 ans
et que les vampires ne dorment que pour faire passer le temps,
ils n'en ont pas "besoin" et ne paraissent pas pour autant fatigués
Et puis ils sont dans un endroit où il y a plein de mondes, les filles !
c'est un ensemble de villes touristiques (genre)
et puis les gens qui disparaissent, on les remarque pas !!
me cherche pas des prunes !!!!!!!!!!!! 8-p
et pour qu'il y ai des chasseurs, faut déjà qu'on remarque
que les disparus se sont fait mordre...Or les vampires font disparaître les corps ahah !
en fait, moi comme je sais ce qui se passe après,
j'ai pas pensé que vous le saviez pas 'xD
suite, promis...bientôt 8-p

# Posté le jeudi 20 novembre 2008 03:38

Modifié le dimanche 23 novembre 2008 07:41

__________________________________Chapitre 43_____________________________ ______ Comment pourrais-je brûler le paradis ? Comment pourrais-je - Tu n'as jamais été mien !________Evanescence

__________________________________Chapitre 43_____________________________ ______ Comment pourrais-je brûler le paradis ? Comment pourrais-je - Tu n'as jamais été mien !________Evanescence

[J]


Un bruit de porte, une lumière assourdissante. Je me suis endormie. Merde. L'homme s'approche de moi avec un sourire. Son long manteau sombre flotte autour de lui, rendant sa silhouette encore plus glauque et fantomatique.
- Tu as bien dormi ?
Dans une pièce sans fenêtre ni lumière et avec pour seul mobilier un miroir, une table et une chaise, on ne peut que bien dormir ! Je ne réponds pas.
- Toujours aussi muette à ce que je vois...
Il ne m'inspire pas confiance et, depuis cinq jours, il répète les mêmes phrases, à la même heure de la journée je suppose.
- C'est si facile...fait-il avec un sourire en secouant la tête.
Il s'approche de moi et, comme toujours, me tend la main. Je suis casée dans un coin de la pièce, à terre. Et je n'ai aucunement l'intention de lui répondre, ou même de faire comme s'il existait. Il n'en prend cependant pas compte et agrippe mes bras, afin de m'asseoir sur la chaise au milieu de la pièce.
- Tu sais...
Oui, je sais. Il l'a répété tellement souvent, ce monologue, que je pourrais le réciter par c½ur les yeux fermés.
- L'être humain est si prévisible, si faillible. Il suffit juste de s'approcher sans bruit derrière lui et de l'assommer pour pouvoir le kidnapper ! continue-t-il en riant. Ce que j'ai fait, lâche-t-il dans un souffle.
Il se place derrière moi et pose ses mains sur mes épaules.
- J'ai une grande théorie !
Tiens donc...
- Une théorie...
Pour affaiblir les Hommes.
- Pour affaiblir les Hommes...
Et obtenir quelque chose d'eux.
- Et obtenir quelque chose d'eux. C'est facile.
Oui. Je la connais ta théorie...Je lutte pour rester éveillée.
- En fait, il faut kidnapper un Homme et l'enfermer dans une pièce avec une chaise, une table, et un miroir. La chaise pour...
Qu'il puisse s'asseoir et avoir l'impression que son confort m'importe.
- Qu'il puisse s'asseoir et avoir l'impression que son confort m'importe. La table parce que...
Je vais quand même lui donner de temps en temps à manger, je ne suis pas horrible à ce point.
- Je vais quand même lui donner de temps en temps à manger, je ne suis pas horrible à ce point ! Et puis, ça peut être utile si je veux...
Lui parler.
- Lui parler. Et enfin le miroir...
Pour l'état psychologique.
- Pour l'état psychologique. La personne peut voir son image se dégrader, le moral en prend un coup, crois-moi ! Et puis...
Qu'y a-t-il de plus dur pour un Homme que d'être confronté à lui-même à longueur de temps...
- Qu'y a-t-il de plus dur pour un Homme que d'être confronté à lui-même à longueur de temps...Confronté à...
Ses erreurs, ses doutes, sa pauvre vie, ses choix coupables et tous ses souvenirs qui retracent son corps et son visage...
- Ses erreurs, ses doutes, sa pauvre vie, ses choix coupables et tous ses souvenirs qui retracent son corps et son visage...N'est-ce pas ? finit-il dans un souffle.
Un lourd silence s'installe. Son discours résonne en moi comme une leçon gravée à jamais, une erreur à reprendre encore et toujours.
- Et après, tu dois parler à la personne. Ne pas la laisser seule.
Lui montrer que tu es là.
- Lui montrer que tu es là. Et le faire à intervalles de temps régulier, toujours le même. Ne pas oublier, rester gentil. Travailler l'âme et le corps par la fatigue. Physique et morale. Répéter inlassablement...
Jusqu'à ce que la personne sache précisément ce que tu vas dire, comme si elle l'avait toujours su...
- Jusqu'à ce que la personne sache précisément ce que tu vas dire, comme si elle l'avait toujours su...Jusqu'à ce qu'elle t'écoute et t'obéisse indifféremment et aveuglement...Tu ne crois pas ? Travailler l'âme et le corps...
Pour cerner et contrôler l'esprit. Des larmes coulent le long de mes joues sans que je ne puisse les retenir. Car même s'il ne me contrôle pas encore...Son plan marche comme il le souhaite.
- Pour cerner et contrôler l'esprit, fait-il avec un sourire sadique. Un mouchoir peut-être ? Serais-tu en train de penser que mon plan marche comme je le souhaite ?
Je relève la tête et essuie mes larmes d'une main. Ne pas parler, ne pas délocker. Il soupire.
- Tu n'es pas marrante quand même ! Moi qui pensais m'amuser un peu...C'est vrai que je m'amuse, mais bon, il nous faut un dialogue constructif !!!
Va te faire foutre.
- Et puis, je n'ai pas l'intention d'aller me faire foutre, si c'est ce que tu penses...Dis-moi ce que tu pense, veux-tu ? Ou alors laisse-moi juste entendre...
Il commence à s'impatienter. Il n'attendra pas encore longtemps avant de faire du bruit en frappant les murs et en claquant la porte, pour « fatiguer l'âme ». Sa voix se fait plus grondante, plus dure, avec encore cette pointe de sadisme et de délice due au jeu.
- Je vois qu'on t'a appris à maîtriser tes pensées, jeune fille...QUI t'a appris ça ?
Elle gardait obstinément le silence, les yeux rivés droit devant. Il suivit son regard. Le mur. Il s'assit à moitié sur la table, tout près d'elle et poussa un soupir exagéré en baissant la tête. Sa main la gifla, elle tomba à terre.
- Réponds !!!!
Il se jeta sur elle et, la prenant violemment par les bras, la colla contre le mur. Il entrouvrit la bouche, laissant voir ses canines acérées, et passa un doigt le long de son cou, en appuyant bien sur sa veine. Ses yeux étaient plantés dans les siens, guettant la moindre réaction. Son attitude avait entièrement changé, et il ne semblait plus se soucier de son “plan” pour le moment.
- Tu as peur ?...demanda-t-il, sûr qu'elle ne daignerait pas répondre.
Elle sourit.
- Vous pouvez me tuer, je n'aurai jamais peur de vous... détritus vampirique...!
Il recula d'un pas, abasourdi par les propos d'une simple humaine à son égard. Il lui tordit le bras et la retourna contre lui, face au miroir.
- Eh bien, je vais t'apprendre...murmura-t-il à son oreille. Je sais qu'un de tes amis va chercher à savoir ce que tu as vu...eh bien, montres-lui quelque chose d'intéressant ...
Il se pencha sur sa gorge et y enfonça brusquement ses crocs. Julia avait peine à respirer, obligée de se redresser à cause de son bras à moitié tordu, les yeux grands ouverts de stupeur, la bouche entrouverte comme pour chercher de l'air. Il aspira une grande lampée de sang et retira brusquement sa bouche. Le sang coulait encore. Il se lécha délicatement les lèvres et sourit. Puis il la poussa à l'opposé de la pièce.
- SULIN ! hurla-t-il.
Un enfant d'environ huit ans apparu sur le seuil de la porte. Il avait des cheveux courts blonds et bouclés.
- Nettoie sa plaie et veille à se qu'elle ne perde pas plus de sang. Sinon tu sais ce qui t'attend.
Le garçon frissonna et se précipita avec un coton et un peu d'eau vers Julia.
- Tu refermeras la porte après toi, lança le vampire sur le seuil.
Il fixa Julia encore quelques instants et partit en claquant la porte. L'enfant essuya maladroitement la plaie encore sanguinolente de Julia, tout en évitant soigneusement son regard. Il tamponna l'endroit avec une compresse et porta furtivement ses doigts, où subsistaient quelques gouttes de sang, à sa bouche. Elle le dévisagea avec des yeux ronds, surprise, et malgré son épuisement, demanda d'une voix faible :
- Tu ...Tu es un ...vampire ?
L'enfant releva la tête, comme prit en faute. Dans ses yeux se lisaient crainte et malice. Il secoua la tête et se remit debout. Son haut évasé laissa apparaître sa gorge, deux marques de crocs bien définies, et des traces de dents presque disparues.
- Il t'a...
Elle ne put finir sa phrase. L'enfant, les yeux emplis de colère et de peur, avait lancé un pied dans sa direction. Elle protégea instinctivement son visage avec ses bras. Aucun coup ne vint. Quand elle rabaissa ses bras, l'obscurité était revenue, elle était de nouveau seule.



850'


Tic tac tic tac...Bientôt la fin...

ET BON ANNIV MA PRESCOU ^^
(on va faire comme si on était le 30 hein, comme tu pars ce week-end
et que je sais pas quand tu liras ^^ ) gros bisous et pleins de bonnes choses !! $)

# Posté le lundi 24 novembre 2008 13:39

Modifié le mardi 02 décembre 2008 12:56

__________________________________Chapitre 44_____________________________ ______ Demain est un mystère, pour tout le monde, et ce mystère doit provoquer le rire et l'envie, pas la peur ou le refus.________Marc Lévy

__________________________________Chapitre 44_____________________________ ______ Demain est un mystère, pour tout le monde, et ce mystère doit provoquer le rire et l'envie, pas la peur ou le refus.________Marc Lévy

- J'aime bien ta nouvelle couleur ! T'es trop chou !
- Merci.
Je me faufile à travers la foule, on se retourne sur mon passage. Je suis beau, je sais. Mais pour le moment, j'ai un peu chaud, alors si ça ne vous dérange pas, je vais passer aux toilettes pour me rafraîchir...Putain, la solitude ma pèse, je me mets à parler tout seul...Je mouille mon visage à deux mains, le frictionne énergiquement. Je fixe mon reflet dans la seule partie du miroir à peu près intacte. Bon, c'est vrai que sur le coup, j'ai un peu manqué d'originalité...Faire le même v½u que Matt, ça craint. La seule différence est que lui a souhaité une coupe sur demande, moi c'est une couleur. Et je dois avouer que je craque pour ma nouvelle : argentée, avec quelques “anciennes” mèches naturelles, rouges. Mais attention, quand je dis argenté, c'est pas le gris-blanc de papy et mamy, ni l'espèce de gris déteint qu'on trouve parfois. Non, c'est un gris platine, comme les grandes plaques métalliques dans certains bâtiments ou dans des ½uvres d'art... La vache, je crois que la philosophie déteint sur moi !! C'est grave !... Tout ça pour dire que j'aime ma nouvelle couleur de cheveux qui brille et que les autres l'adorent aussi. Je jette un coup d'½il à ma montre. Et merde. En retard...
- Tiens ! Antony, vous nous faîtes l'honneur de votre présence physique ?
- Bonjour Madame, réponds-je avec mon plus beau sourire.
- Ca ne sert à rien de me faire un sourire charmeur, jeune homme. Pourquoi ce retard ? Tu sais très bien que j'aurais pu te laisser deho...
- Un coup de chaud, je suis passé me rafraîchir les idées, la coupé-je.
Elle me regarde avec instance tandis que je rejoins ma place, au fond.
- Tu voudras bien éviter de laisser ton esprit vagabonder et te concentrer sur le cours pour une fois ?
- Mhm...
Je me laisse tomber lourdement sur la chaise. Ca me rappelle la fois où j'ai embêté Julia avec Krys. Enfin, c'est moi qui ai fait tout le boulot, mais c'est pas grave. Je pose les yeux sur la table. Une feuille, dont les bords sont déchirés, y est posée. Je me penche pour mieux lire ce qui est marqué.

Antony,
Rendez-vous à la bibliothèque ce soir à 19h. J'aurais des choses à t'apprendre. Viens seul.


- Madame Qui est-ce qui a posé ça sur ma table ?
- Antony, il n'y a malheureusement strictement rien sur ta...
- Mais si, regardez, c'est...
Rien. Je passe la main sur mon visage, mon front, les yeux rivés sur la table. Rien. Il n'y a rien. J'aurais des hallucinations ?...Je sors lentement mes affaires de mon sac, les yeux scotchés sur la plaque de bois, attendant le retour des mots que je ne peux pas avoir juste imaginé. Je passe l'heure de cours ainsi que les suivantes dans un état de léthargie et de déboussolement tels que j'aurais tout donné, midi venu, pour ne pas croiser Aïen. Mais il n'était pas là. Comme hier, et les trois jours précédents. Dans mon état second, je n'avais même pas porté attention à la jeune fille qui me suivait sans cesse depuis le matin. Jusqu'à ce que, pour le repas, elle s'installe en face de moi. Je la dévisageais sans gêne.
- Qu'est-ce qu'il y a ? aboyais-je au bout de quelques instants.
- Je...je...
- Tu quoi ? Tu vois pas que je réfléchis là ?
- Mais...c'est toi qui m'a demandé...ce matin...de...continua-t-elle aux bords des larmes.
- Oh arrête un peu ton cirque ! Tu crois sincèrement que je m'intéresses à toi ? répliquais-je. Non ! Alors fiches-moi un peu la paix !
La jeune fille resta quelques secondes la bouche ouverte, surprise par mes propos, et se releva brusquement. Elle attrapa d'un geste rageur son plateau, des larmes roulaient sur ses joues.
- Ne compte plus sur moi pour t'aider, abruti !! lâcha-t-elle plus fort.
Sur ce, elle se retourna et partit s'installer à l'autre bout du self sans demander son reste. Une main se posa sur mon épaule. C'était un de mes amis, qui me regardait d'un air compatissant. Pas convaincant du tout.
- J'avoue que ça doit pas être facile tous les jours d'avoir les filles en chaleur du lycée derrière toi, mais bon...Elle n'était pas censé arranger tes papiers auprès de son père, le dirlo ?
Tout me revint en mémoire. Je me frappais le front.
- Merde !
- Tu l'as dit ! Avec un dossier comme le tien, tu risque d'être collé. Et si c'est pas le cas, tu ne seras pas pris si tu vas dans une école sur dossier...
J'esquissais un mouvement pour me lever et me ravisais. J'irai voir plus tard. Je haussais les épaules à l'intention de mes amis.
- De toute façon, je ne compte pas retourner en école tout de suite. Je vais voyager un peu. Et quand je reviendrais, mon dossier aura disparu, commentais-je en enfournant une fourchette de purée dans ma bouche.
- Tu m'as l'air bien sûr de toi...osa une fille non loin.
Je la regardais de ses yeux assassins que je pratique à l'occasion. Elle se tassa au fond de sa chaise. Un silence pesant s'installa. Une de mes connaissances le brisa.
- Tu comptes sortir ce soir ?
- Bien sûr ! répondis-je avec mon plus beau sourire. Je ne rate jamais une occasion de me mêler à la foule de mes ambitions...
- Ah.
Ils restaient perplexes.
- Tu ne révises jamais tes cours ? Parce que tu t'en sors plutôt pas mal...
- Pas besoin. Et puis je n'en ai pas l'envie.
Nouveau silence. La jeune fille de tout à l'heure reprit la parole, plus prudemment.
- Vous avez vu aux informations ce matin ? Le nombre de disparus ne cesse d'augmenter dans les environs...C'est bizarre quand même.
- Plusieurs de mes connaissances ont disparu ces derniers temps.
- Pff, c'est des conneries pour alarmer la population, m'exclamais-je. « Faites attention à vous, barricadez-vous chez vous, achetez les nouvelles boîtes en conserves extra longue conservation ! ».
Ma remarque les fit rire. Je me joignis à eux. Mieux vaut ça.
Le sujet ne fut pas plus abordé. Je décrétais que j'en parlerais aux garçons dès mon retour à la maison. Même si ça reste une de nos moindres préoccupations, il valait mieux éviter de se faire attraper ou même remarquer. Autant changer de zone de chasse. La journée s'écoula lentement. Je rentrais pour 17h30. Krys était déjà là. Je le saluais d'un signe de main et m'effondrais sur le canapé. Il hocha la tête et me fis signe de me taire. Je le regardais sans comprendre et tendis l'oreille. Au bout de quelques secondes qui me parurent une éternité, j'entendis des chuchotements à l'étage. Je me recalais au fond de mon fauteuil. Matt était encore en train d'essayer de raisonner Aïen. Pour qu'il sorte, qu'il mange au moins quelque chose, qu'il réagisse. Depuis une semaine, il n'avait rien mangé, pas même un morceau de pain, aucune nourriture habituelle, pour les humains. Pas non plus de nourriture vitale. Et s'il continuait comme ça, qui sait ce qu'il pouvait arriver. Il ne mourrait pas, bien sûr, mais il serait dans un tel état de faiblesse que nous-mêmes aurions du mal à le supporter. Je fermais les yeux et me concentrais, comme chaque soir, pour essayer de capter les pensées de Julia. Tout comme Aïen qui y passait ses journées, Matt et Krys qui y consacrait au moins leurs soirées. Entre deux réserves...Mais pas aujourd'hui. Krys ne cherchait pas Julia. Il me regarda gravement.
- Il va se passer quelque chose, me murmura-t-il. Je le sens. Mais je ne sais pas ce que c'est...
- C'est bête, fis-je, tout de même intrigué.
- ARRÊTE !!!!!
Le cri d'Aïen avait rompu le silence que nous nous efforcions de conserver. Un claquement de porte presque immédiat et brutal s'en suivit. Nous nous étions levés, prêts à intervenir, au cas où. Des bruits de pas dans les escaliers nous indiquèrent le retour de Matt de son éprouvante mission. Il s'affala dans le canapé, attrapant au passage un oreiller qu'il serra contre sa tête.
- Alors ? risqua Krys.
Sans que celui-ci ne bouge, la main de Matt se leva, le majeur et le pouce joints. Nul. Rien. Il resta ainsi, allongé, l'oreiller sur le visage, pendant plusieurs minutes. Au-dessus de nous, les murs résonnaient des coups violents que donnait Aïen. Matt se rassit, releva la tête pour nous regarder.
- J'abandonne. J'en ai marre de le voir prostré comme un Hermite. C'est pas ça qui la fera revenir, merde !
Nous acquiesçons. Mais Aïen était coriace. Autant dans sa vie d'humain que de vampire, il nous avait tous étonné par son entêtement et sa volonté de réussir les choses qu'il entreprenait. Dans ce domaine, il était notre modèle à tous. Seulement, il détestait que les choses, les gens, lui échappent. On se souvenait longtemps de ces moments. Aujourd'hui, il perdait le contrôle, pour la deuxième fois depuis...sa naissance en tant que vampire. Depuis sept ans. Et jamais avant cette période, nous ne l'avions vu énervé à ce point.
- Il est devenu plus violent depuis qu'il la connaît, fis-je en rompant le silence.
Les deux autres acquiescèrent. Les coups s'étaient tus.
- Il est amoureux...lâcha Matt comme une évidence. C'est la première fois que je le vois...engagé à ce point, je crois.
- Oui. C'est la première fois qu'il s'attache à quelqu'un d'extérieur à nous depuis que...
Je soupirai, retenant un frisson en bas de mon échine.
- Je le comprends, dit Krys, parlant pour la première fois. Ca ne doit pas être facile pour lui. Avec un passé comme le sien...on fait attention, forcément.
Matt et moi hochions la tête en silence. Un passé comme le sien... Un passé qu'aucun de nous n'aurait voulu avoir, qui l'a fait radicalement changer. Je jetais un ½il à l'horloge de la cuisine. 18h25. Krys s'assit dans un des fauteuils tandis que je me dirigeais vers la table pour y prendre ma veste.
- Où tu vas ? m'interrogea Matt.
- En ville. Je reviens.
Krys me lança un regard plein de reproches, mais ne dit rien. J'haussais les épaules, enfilais mon pardessus et sortis.
La nuit était déjà tombée. Je priais pour que les giboulées de Mars m'épargnent et marchais en direction du parc, les mains dans les poches, la tête rentrée dans les épaules. De la buée s'échappait de ma bouche. Je longeais les grilles du parc et ne tardais pas à me retrouver près de la mairie. Je continuais mon chemin, évitant sans peine les voitures coincées dans un bon embouteillage. Après encore quelques minutes de marche, en silence, j'arrivais près d'un grand bâtiment, moderne et solennel. Fermé, bien évidemment. La place n'était pas bien éclairée, mais je ne m'en souciais pas. Je partis m'adosser à un arbre sur le côté, à côté d'un banc. Les cloches de l'église résonnèrent. 19h. Je parcourais la place sombre des yeux, m'attendant à y trouver un quelconque mirage, ou alors une raison à ma stupidité. Il n'y avait rien ici. Rien à part la pénombre, le vent froid, les feuillages qui bruissaient doucement et ce grand bâtiment à ma droite, avec des fenêtres de toutes parts, derrière lesquelles on percevait à peine l'intérieur éteint et sans vie. Je fixai des yeux la pancarte de l'établissement. Bibliothèque municipale. Mais quel con je faisais ! Je me redressai, prêt à repartir. Je fermai les yeux et inspirai une grande bouffée d'air. Le froid qui s'insinua brusquement dans ma gorge et le reste de mes organes me revigora. J'ouvris les yeux. En face de moi, de l'autre côté de la place, se tenait un petit enfant. Il me regardait fixement, ses boucles blondes, courtes, bougeaient avec le vent. L'odeur de sang chaud, encore neuf, me parvint aux narines. Je fermais les yeux de force, m'imprégnant de cette odeur, tout en la rejetant autant que possible. Je n'étais pas un monstre, je ne DEVAIS pas prendre la vie d'un être aussi pur et innocent. Un enfant...Seul dans les rues à sept heures du soir ? Je rouvris les yeux. L'enfant s'approchait de moi, une expression austère sur le visage. Beaucoup trop sérieuse pour un être de cet âge. Il leva la tête vers moi.
- C'est toi, Antony ?
J'acquiesçais. Il m'adressa un sourire et attrapa ma main dans la sienne. Il me fit asseoir sur le banc, tandis qu'il restait debout. Je l'invitais d'un geste de la main à prendre place près de moi. Il secoua la tête. Nous restions de longues minutes à nous jauger. Je décidais de briser le silence.
- C'est toi qui m'a laissé un mot, ce matin ?
- Non.
- Qui est-ce alors ?
- Quelqu'un.
J'attendis qu'il en dise plus. Mais rien ne venait.
- Qui ? Qu'est-ce que cette personne me veut ? Et pourquoi n'est-elle pas venir me voir directement ?
- Quelqu'un qui te veut du bien. Te parler. Parce que c'est moi qui doit venir.
Je le regardais, intrigué. A quel jeu jouait-il ?
- Eh bien, donne-moi ton message. Mais je ne te serais pas très utile si tu ne me dis pas de qui il vient...
- Pas besoin.
Je lui tendis la main. Il la scruta et replongea ses yeux dans les miens. Il secoua la tête.
- Ce n'est pas écrit. Pas parlé non plus.
- Comment alors ?
- Tu dois le savoir...en tant que vampire.
Je tressaillis. Comment savait-il que... ? J'attrapais son bras vivement et le rapprochais de moi. Mon souffle faisait concurrence au vent dans ses cheveux. S'il ne se montrait pas plus coopératif, ou trop dangereux, je n'excluais pas de revenir sur mes décisions le concernant...Il me regarda de ses grands yeux innocents qui auraient fait fondre bon nombre de filles. Séducteur...Mais ça ne marchera pas avec moi. Je resserrais mon étreinte, les yeux dans les siens, pour l'inciter à en dire plus.
- C'est ton amie...Julia, lâcha-t-il le plus naturellement du monde.
Je me raidis. Julia. Je sondais son âme autant qu'il me l'était possible. Mais quelqu'un lui avait sûrement appris à locker.
- Tu ne cherches pas bien, fit-il exaspéré. Il faut tout te servir alors ?
Instantanément, je m'accrochais à un de ses souvenirs, le seul qui n'était pas brouillé. Je restais béat, avant de reprendre mes esprits et j'agrippais l'enfant à deux mains.
- Où est-elle ? demandais-je en le secouant.
Il m'adressa un sourire muet, tandis que je le secouais encore. Ma prise se resserra. Et en instant, mes mains se refermèrent dans le vide. Il avait...disparu. Un instant sous le choc, je me ressaisis et frappais du poing l'arbre à mes côtés. Putain !!! C'est pas possible, c'est pas normal !! Deux fois en une seule journée !! Je hurlais. Un chat déguerpit non loin, se cacha derrière un pot de fleur. J'inspirai encore une fois, fortement. Je me dirigeais vers la cachette de l'animal, qui s'enfuit. Je le suivis dans une impasse sombre, m'approchais doucement. Je caressais doucement son pelage. D'abord craintif, il vint se frotter contre ma jambe. Je le regardais tendrement. Puis j'attrapais la bête à deux mains au cou et, l'immobilisant à peine, mordis sauvagement sa gorge. Le sang coula dans ma gorge, doucement, lascivement, emportant un peu de ma rage. Je me sentais déjà mieux. Mais c'était trop peu. Je me débarrassais du cadavre près d'une poubelle, m'essuyais la lèvre en refermant les traces profondes de griffures. J'avais encore faim. Faim et soif de savoir, jusqu'à tuer pour arriver à mes fins. Mais il fallait que je me contrôle. Un chat n'était rien, mais des humains, quand ils disparaissaient, se remarquaient plus.
Je décidais de rentrer. Le trajet de retour me prit trois fois moins de temps. Je ne voulais pas contrôler ce qui se passait autour de moi. Si j'étais vampire et que je pouvais aller plus vite que les humais, sans pour autant dépasser les voitures en ville, autant m'en servir. Je poussais la porte sans prendre la peine de m'annoncer. A ma vue, Krys pâlit. Je regardais furtivement dans le miroir. Effectivement, ce n'était pas très beau à voir, j'étais rouge de colère, ce qui contrastait à merveille avec mon air perdu et mes yeux effarés. Mais je n'étais pas rouge que sur le visage. Quand même, pour un chat...Matt se précipita hors de la cuisine, lorsqu'il entendit Krys tomber à terre dans un grand fracas. Je fais peur à ce point ? Rien qu'à ma tête, Matt se précipita à l'étage et tambourina comme un forcené à la porte d'Aïen.
- Aïen ! Aïen, Antony a des nouvelles !
J'aidais Krys à se relever, il agrippa mon bras, le regard plein d'espoir et d'appréhension. Je hochais la tête. Aïen était déjà dans le salon, les yeux exorbités, les mots ne sortant pas de sa bouche. Je m'assis lentement, aussitôt imité par les autres.
- Aïen...commençais-je. Promets-moi qu'après tu iras manger...sans faire de folies !!...
Celui-ci me regarda anxieusement. Il hésita avant d'acquiescer. Je savais que je ne ressentirai rien, pour la bonne raison que je n'avais pas vu les souvenirs de la personne concernée, mais ceux d'une personne extérieure. J'angoissais cependant et dû fermer les yeux et me raccrocher d'une main à la table basse. Je sentais leur attente, la pression sur moi...Je lâchais tout : Je vis Julia, devant un miroir, cherchant son souffle, les yeux grands ouverts. Un homme était penché sur sa gorge. Il s'en retira brusquement et une giclée de sang s'échappa. La vision se brouilla sans que je puisse en voir davantage. Mais elle revint, deux, trois fois à la suite. J'ouvris les yeux brusquement. Les trois autres semblaient sur le bord de la crise, choqués et contenant leur rage. Le visage d'Aïen se crispa. Instinctivement, j'agrippais le poignet de Krys, le plus près de moi, comme si ce simple geste aurait pu retenir les autres, et surtout Aïen. #Aïen...N'oublies pas ta promesse...# pensais-je tout bas. Ne pas faire de folie, surtout pas. Il se releva en un éclair et disparut. Un cri nous parvint de dehors, le sien. Krys, tétanisé dans son fauteuil, cherchait du soutien dans mon regard. Bien qu'aussi perdu, j'essayais de me contrôler et de le rassurer...Impossible. Il se leva et commença à s'agiter dans tous les sens, comme je ne l'avais jamais vu, et comme je ne l'aurais jamais cru. Matt, perturbé, me regarda. Krys s'écroula à terre, inconscient. #Ramène-le dans sa chambre.# J'acquiesçais. La porte se referma derrière lui. Je me penchais sur Krys, passais un de ses bras autour de mon cou et entrepris de le porter jusqu'à sa chambre, afin que, chacun de notre côté, nous puissions tous les quatre évacuer tout ce qui nous rongeait de l'intérieur en évitant de céder à la colère. Ce qui ne risquait pas d'être facile...


BON ANNIV' MA CHERIEEEEE !!!!! xD attends, ça se fête non ? 8-p
allez, profites-en bien (mais ça je te fais confiance !!!) et oublies pas les photos !!!
Je rappelle qu'Antony crée des illusions, mais qu'il peut aussi voir et ressentir les souvenirs
des gens dont il "fouille" la mémoire (ses amis par exemple...)
Pour les codes de couleur, la pensée en orange est celle de Matt...
à part ça je me suis fait descendre au conseil de classe...
Lol !... -1...


J'ai vu que certains points n'étaient pas très clairs, alors si vous me posez des questions,
je ferais un autre article pour répondre au cas général ^^

# Posté le jeudi 04 décembre 2008 13:11

Modifié le samedi 06 décembre 2008 13:33

__________________________________Chapitre 45_____________________________ ______ La littérature ne bégaie pas l'existence, elle l'invente, elle la provoque, elle la dépasse. ________Eric-Emmanuel Schmitt

__________________________________Chapitre 45_____________________________ ______ La littérature ne bégaie pas l'existence, elle l'invente, elle la provoque, elle la dépasse. ________Eric-Emmanuel Schmitt


[J]


Un grincement sinistre. Des pas se rapprochent. Je reste allongée dans l'obscurité. Une main passe le long de mon dos. Les doigts sont froids, un frisson me parcourt l'échine. Encore en sueur, je n'ose reprendre mon souffle. Le t-shirt colle à ma peau, mes cheveux humides contre mon visage. Je garde obstinément les yeux fermés, tente de réguler mon souffle, de paraître endormie. Les doigts fins et glacés passent lentement sur ma tempe, ma joue, mon cou. Tous mes poils se hérissent et je serre les dents, renforçant la pression pour maintenir mes yeux fermés. Un souffle froid près de mon oreille, pendant quelques secondes. Puis...plus rien.

[Omn.]


Demain. Demain, ses doigts glacés forceront cette gorge qui résiste. Jusqu'à ce que le sang se fasse rare. Jusqu'à ce que dans un dernier espoir, un dernier souffle, elle appelle à l'aide.

[Aïen]


J'ai promis. J'ai promis. Mais je n'ai pas le courage après ces...images. Je m'étais dit que rien ne lui arriverait ! De rage, je frappe un tronc d'arbre du pied. Une. Une seule. Une seule personne. Je ne pourrais rien prendre de plus ce soir. J'ai planté mes crocs au hasard, par instinct, par réflexe, dans son cou. Et quand je me suis retiré, j'ai revu toutes ces...choses. C'était comme...si c'était moi. Moi qui lui avais pris du sang. Moi qui me délectais de ce que j'avais toujours refusé de voir chez elle. Elle. Si humaine. Si...mortelle. Si pleine de sang. Je me suis enfui en courant. Et mon ventre se tordait de douleur rien que d'y repenser. J'aurais dû. J'aurais dû la prévenir. J'aurais dû l'éloigner. J'aurais dû ne pas m'attacher encore un peu plus. Et pourtant, je ne pourrais plus me détacher d'elle. C'est quelque chose qui m'est devenu impensable. Et voilà que ça recommençait. Il n'a suffit que d'une fois pour que tout se reproduise. Non ! Pas cette fois ! Pas encore ! Je ne crois pas en cette putain de fatalité dont on nous rabâche les oreilles !!... Je m'allonge sur le banc de bois. La nuit est tombée. Il fait froid. Mais je ne ressens rien. Je ne veux plus ressentir. Toutes ces pensées qui se bousculent dans ma tête. Ca va finir par me rendre malade ! Je pose ma main sur mon front, bouillant. J'écoute le vent dans les arbres, le bruit de la ville qui dîne et s'éteint doucement. Mes yeux se ferment. Je sais. Je suis fatigué. Un comble pour un vampire ! J'ouvre à nouveau doucement les yeux. Je crois apercevoir son visage dans les nuages couvrant le ciel. Mais ce n'est qu'une illusion. Une pensée s'impose alors à moi. Je me lève et me dirige d'un pas chancelant vers la maison. La retrouver au plus vite...Pour mieux la protéger, la prévenir...Ou l'éloigner.
Encore un jour. Encore un. Mais je ne vais pas rester sans rien faire. Je descends au salon. A mon grand étonnement, les garçons sont là.
- Ah, Aïen ! me lance Anto. On t'attendait...
- Vous n'êtes pas...en cours ? demandé-je, interloqué.
- Hum...en fait, Matt a autorisé Krys à « manquer » une journée. Et moi, de toute façon, vous n'avez plus aucun pouvoir légalement sur moi alors...
- Tu habites quand même avec nous...
- Dans une maison dont personne ne connaît l'existence et qui ne figure même pas sur la liste des impôts ou de la société de distribution d'électricité. Oui. Bien sûr.
Je souris. # Et qu'est-ce que vous comptez faire ? #
- Matt et moi allons patrouiller à l'ouest de la ville et aux alentours. On te confie Krys...
- Comment ça ?!! Vas-y dis tout de suite que je suis une charge ! Je suis assez grand pour me gérer... !
- Mais t'es pas encore majeur, le coupe Antony avec un grand sourire.
Krys se lève en boudant et monte chercher un manteau. Je remercie les deux autres du regard. Ils se lèvent à leur tour et, après une accolade, enfilent leurs manteaux et sortent. Je me dirige vers la cuisine, me sert une tasse de café que je bois lentement. Krys me rejoint. Il s'installe, déjà prêt, sur l'un des tabourets hauts et se sert une tasse de lait chaud. Il la garde longtemps dans les mains, observant vaguement les volutes de fumées qui s'en dégagent.
- Krys...
Il relève la tête. Je ne veux pas lui faire de peine, ni rien. Et puis ce n'est sûrement pas le moment, mais il faut que je lui demande.
- Qui a eu l'idée...de toi ou Julia...que vous vous mettiez ensemble ?
Silence.
- ...Ca s'est fait comme ça. Je savais qu'elle attendait que tu réagisses. Et c'est le seul moyen rapide et efficace que j'ai trouvé.
- Elle le savait ? Tu lui as demandé avant ?
- Oui. J'avais laissé flotter l'idée. Mais rien de concret.
- Tu l'aimes aussi...
- ...C'est du passé, fit-il en détournant la tête.
- Dis-moi. Krys.
Il revint planter ses yeux dans les miens. C'que j'avais pu lui envier ces yeux d'un bleu parfait quand on était plus jeunes.
- Elle t'a toujours aimé. Et elle pensait à toi tout le temps. Donc je n'avais aucune chance, finit-il dans un murmure.
Je restais quelques instants silencieux.
- Mais...tu aurais pu...
- Tu sais très bien, me coupa-t-il, que je ne suis pas du genre à forcer les gens, ni à piquer les petites copines des gens qui comptent énormément pour moi. Et tu sais que tu fais partie de ces gens. Avec Matt et Antony. On a le même père de sang, continua-t-il les yeux rivés sur sa tasse. Et puis, avec Julia maintenant, vous êtes bien les seuls...qui comptent pour moi.
- Mais tu as aussi ta famille...
- Oui. Peut-être. Mais après tant d'années...Et puis, le maître a effacé la mémoire de nos familles, je te rappelle.
- Pas toutes...
Il me regarda à nouveau.
- Je suis désolé. J'ai pas...
- Pas grave. C'est oublié.
Silence. Le tic tac régulier de l'horloge résonne en nous. Dehors, les nuages gris qui obscurcissent le ciel menacent de retomber en pluie diluvienne, voire en giboulée...Déjà le mois de Mars.
- Tu comptes lui dire ? Pour ta famille.
Je ne réponds pas tout de suite. Je pose ma tasse vide dans l'évier. Les mains sur le rebord du plan de travail, les yeux fermés, j'amène d'une pensée sa tasse près de la mienne. Je me saisis du manteau qui vient de m'arriver sur le bras et l'enfile. Je refais face à Krys. Il n'a pas bougé et me regarde.
- Pour le moment, tout ce qui m'importe, c'est de la retrouver. Après...on verra.
Je passe derrière lui et ouvre la porte qui mène au jardin.
- Aïen, je voulais te dire...Si ça peut te rassurer...Je ne l'ai embrassée que la fois où tu nous as vus...Il ne s'est rien passé après.
Je respire profondément. Je me retourne et m'approche de lui, un petit sourire aux lèvres.
- Arrête de te dire que je t'en veux. Ce n'est pas vrai, ajouté-je en posant une main sur son épaule, l'autre sur sa joue.
Je rigole.
- Et apprends à boire du lait : depuis que je te connais, tu as toujours une moustache quand tu en bois ! m'exclamé-je en lui tendant une serviette.
Il rougit un peu et essuie ses lèvres. Je sors de la pièce par le jardin, il me suit. D'une pensée, j'éteins les lumières et verrouille les portes. Même si ça ne sert à rien, étant donné que personne ne peut voir la maison sans que nous y soyons. Petit sortilège du maître de sang.
Nous marchons vite, pendant longtemps. Nous restons en contact avec Matt et Antony, qui n'ont toujours rien trouvé. Il est déjà 15h30, nos recherches se sont commencées, pour Krys et moi, 5h plus tôt, 5h30 pour les deux autres. Nous avons sillonné en tout plus de la moitié de la ville sans résultat. Je marche déjà depuis une bonne dizaine de minutes dans une zone industrielle à l'écart de toute civilisation, sous une couverture nuageuse des plus coriaces. Les mains dans les poches, je reste attentif au moindre bruit, au moindre souffle qui pourrait trahir sa présence. Mais je pense que c'est peine perdue. Mes pensées s'accroche au bruit du gravier qui roule sous nos pieds...sous mes pieds...Je me retourne. Krys n'est plus là.
- Merde, lâché-je tout bas avant de faire marche arrière.
Je traversais un chantier, me faufilais entre plusieurs conteneurs. Mais rien ne parvint à mes oreilles, sauf peut-être parfois le vent qui glissait perversement dans tous les coins et recoins. #Krys ? Krys ! Bordel, t'es où ?!!#. Je continue mon chemin, plus vite. Je m'arrête juste à temps, près d'un grand trou. Un chantier. Trois silhouettes se distinguent de l'arrière-plan de couleur marron-ocre. Je m'approche un peu, prudemment. L'une des silhouette a une chevelure noire, apparemment peu ordonnée, jusqu'aux épaules. De fortes chances que ce soit lui. #Krys ?#. Aucune réaction notable. Je m'aventure un peu plus près...Erreur : deux pressions dans le bas du dos, et je me retrouve à dévaler la pente sur le dos !
- Ah saloperie !
Plié en deux, sur le côté, je me mords les lèvres pour arrêter le flot d'insanités qui menace d'en sortir, et pour retenir aussi mes lamentations : ma veste et mon sweatshirt se sont soulevés pendant la descente et mon dos en a pris un sacré coup. J'en aurai presque les larmes aux yeux. Le goût de sang perlant sur mes lèvres me ramène brusquement à la réalité.
- Non, NON !!
Cette voix. Cette voix. Je me relève brusquement et grimpe aussi vite que possible le talus central. Je reste pétrifié par le spectacle qui s'offre à moi : l'homme a assené un coup violent à Krys, dans la mâchoire, qui l'a envoyé valser quelques mètres plus loin. Retombé sur le ventre, je ne peux savoir s'il est conscient. Mais l'homme me fait face, les yeux brûlants, noirs, rougeoyants, les lèvres ensanglantées. Il aspire avidement le liquide sombre qui coule de la gorge de sa victime qui me fait face, collé à son dos, une main enfoncée au niveau de son ventre. Un cri s'échappe du fond de mes entrailles.
- NON !!!
Je me jette sur le vampire. Celui-ci tire d'un geste rapide sa proie vers l'arrière et l'envoie, à l'agonie, rouler parmi les gravas et le sable humide jusqu'au fond du trou. Une rage intense s'empare de moi, mais le vampire a plus de réflexe. Il s'écarte alors que je me rue sur lui et me rattrape d'une main avant que je ne tombe dans l'abîme. Je me débats comme un forcené. Un poids m'oppresse la poitrine et les doigts de fers que le vampire resserre dans mes côtes, le bras puissant autour de ma gorge, me prive encore un peu plus du souffle dont j'ai besoin. Je secoue mes membres qui s'engourdissent, leur enjoignant un dernier effort.
- NON !! JULIA !
- Tututut...Chut, me murmure le vampire. C'est finit. Elle est morte maintenant.
Sa voix n'est qu'un souffle, elle se glisse dans mon âme, brise mon c½ur. Non. Non, elle ne peut pas être morte !!! Je tente encore de me libérer de l'emprise du vampire, celui dont j'ai toujours haï le nom. Le corps de Julia gît sous mes yeux, à plusieurs dizaines de mètres en bas, inerte, sans vie, auréolé de rouge. Ma vision se trouble, des points blancs s'insinuent, de plus en plus nombreux. Blanc. Blanc comme le ciel. Blanc comme mes nuits. Blanc comme le cri d'Antony, l'appel muet de Matt, qui tout deux arrivent près de moi. Blanc comme la pureté perdue. Blanc comme le haut qu'elle portait. Blanc...Je sombre.





FIN


Vous y avez cru hein ? xD


900'
*

# Posté le mardi 09 décembre 2008 12:29

Modifié le dimanche 14 décembre 2008 13:43

__________________________________Chapitre 46_____________________________ ______ Le silence, cette paix totale qui arrive plus qu'on ne la provoque, qui concerne l'esprit plutôt que l'ouïe. ________Joseph Bonenfant

__________________________________Chapitre 46_____________________________ ______ Le silence, cette paix totale qui arrive plus qu'on ne la provoque, qui concerne l'esprit plutôt que l'ouïe. ________Joseph Bonenfant


[Aïen]


J'ouvre brusquement les yeux. Je suis allongé, dans la pénombre. Je me relève avec peine, encore engourdi. Mes pensées se reforment peu à peu...Julia. Pris d'une impulsion, je sors en trombe de ma chambre, dévale les escaliers à la hâte. Personne. Je me rue vers la cuisine. Pas âme qui vive. J'aurai...survécu ? Des voix dans la salle de jeux. La respiration saccadée, je m'approche lentement. Qui ? Qui a comme moi...? Je pose la main sur la poignée, inspire profondément. Le flot de lumière m'atteint comme une claque. Je mets plusieurs secondes à distinguer toutes les formes qui m'entourent. Des ragots à mes oreilles. On se retourne. Non. Non.
- Tiens, Aïen est réveillé !
- Bah, dis donc, on a bien cru que t'allais hiberner !
Des éclats de rire. Je porte ma main à mon front. J'ai chaud. Je m'assois doucement devant leurs yeux incompréhensifs. Une main sur mon front, des lèvres sur ma bouche.
- Tu es sûr que ça va ?
Ses doigts. Son regard inquiet. Sa bouche. Sa gorge. Son parfum. Son rire. Elle.
- Ju...Julia ?
- Bah oui, qui veux-tu que ce soit, gros bêta !...Je vais te chercher de la glace parce que...
- Non ! la coupé-je en attrapant son poignet.
Et en un instant, je me lève et l'attire à moi. Emprisonne ses lèvres. Resserre mon étreinte sur sa taille. Enfoui mon visage dans son cou. Respire son parfum. Revis. De légers tremblements s'emparent de moi. Elle reste immobile, surprise. Comme eux.
- Aïen...fait-elle dans un souffle, entourant ma tête de ses bras. Tu es sûr que ça va ?
Je pose un baiser sur son cou.
- J'ai eu si peur, murmuré-je. J'ai cru que je t'avais perdue.
Elle prend mon visage entre ses mains, me regarde d'un air doux.
- Mais non...C'est un mauvais rêve...Juste un mauvais rêve.
- C'était si réel, me plaignais-je doucement.
- C'est fini...C'est fini...
Elle m'attire contre elle, m'entoure de ses bras. Je reste de longues minutes serré contre son corps, à reprendre doucement pied. Les garçons ont repris leur discussion, à voix basse, et me jettent de temps à autre des regards inquiets, intrigués. Krys est le premier à se lancer. # Aïen, ça va ?#. Je me dégage doucement des bras de Julia, lui adresse un petit sourire en hochant la tête.
- Je...je crois que je vais aller prendre une douche...
Elle me sourit. Je monte à l'étage, referme la porte de la salle de bain derrière moi. Je retire mes vêtements empreints de sueur et rentre dans la cabine. J'ouvre le robinet au maximum. Le jet d'eau est tiède, presque froid. Le liquide coule sur ma tête, mon corps, tandis que je reste passif, les mains appuyées contre le mur carrelé et tout aussi froid. Je relève la tête, laissant mon visage profiter de cette fraîcheur, avant de régler la température un peu plus chaudement. Laver, laisser couler toutes ces pensées qui me rongent, toutes ces images...D'où est-ce parti ? Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui ne l'est pas ? Je frotte énergiquement chaque parcelle de peau, lave mes cheveux jusqu'à sentir le frottement sur ma peau, manquant de creuser une blessure. L'eau rince une dernière fois la noirceur de ma nuit, je secoue la tête, coupe l'eau et sors. Je me saisis d'une serviette propre et essuie ma peau à vif. Enfin.

[K]


Je toque doucement. On m'invite à entrer. Je reste appuyé au chambranle de la porte.
- Ca va ?
Il hoche la tête, assis sur le rebord du lit, l'air tout de même un peu perdu.
- T'as l'air pas mal sonné...Tu veux en parler ?
Il hésite longtemps, les yeux dans les miens, avant d'accepter. Je rentre dans la chambre, referme la porte et viens m'asseoir à côté de lui. Il se laisse tomber sur le lit, pose un bras sur son front, cachant par la même occasion ses yeux, comme à chaque fois qu'il se confesse sur une chose qui l'a bouleversé, et dont il ne s'est pas encore défait.
- Putain, Krys...commence-t-il doucement. Je suis complètement paumé...
- J'ai vu ça.
Un sourire se dessine sur ses lèvres.
- Oui. Je pense bien.
- C'est pas tous les jours qu'Aïen est complètement paumé !
- Je ne te le fais pas dire. J'ai vu...c'est un truc indescriptible. Ca semblait si réel, rajoute-t-il en me regardant droit dans les yeux, toujours allongé. Je ne sais même plus quel jour on est, je ne sais plus ce qui s'est passé ou pas. C'est...le brouillard. Vraiment.
- Raconte...l'incité-je tout bas.
- Julia...Julia était avec moi, un dimanche. Elle est venue m'apporter le petit-déjeuner. Et tu... hésita-t-il avec une grimace. Tu as échangé de corps avec moi pour...Enfin, j'étais dans ma chambre avec Julia...et...
- Oui, je m'en souviens, riais-je. C'était une petite blague, mais elle l'a pas forcément bien pris...Mais tu t'es vengé toi aussi après !!!
- Ah. Je ne sais plus.
- Tu m'as balancé dans la fontaine si tu veux tout savoir.
- Ah. Bah tant mieux, ajouta-t-il avec un sourire.
- ...Et ensuite ?
Il redevint sérieux.
- Le soir, Julia est venue à une tournée avec moi, je devais aller chez elle.
- Le même jour ?
- Oui.
- Alors, en fait, ce jour-là, c'est vrai, vous deviez retourner chez elle, mais finalement, elle a appelé ses parents, et comme l'ambiance chez elle avait l'air...tendue...tu lui as dit de rester et elle a dormi ici. Vous êtes allés en cours le lendemain ensemble. Tu ne t'en rappelles pas ?
- ...Non...Je me rappelle juste que, quand elle était avec moi, elle a disparu. On a pensé qu'elle était rentrée chez elle et, en fait, ce n'était pas vrai. Je suis resté enfermé à la maison sans manger ni boire, à chercher à capter ses pensées, et...un jour Antony est revenu après avoir rencontré un petit garçon, qui lui a transmis des souvenirs. Des souvenirs d'un homme...un vampire...qui mordait Julia.
Il avait serré la mâchoire et les poings. Sa douleur me fit mal. Il avait vraiment dû tout...vivre.
- Antony a bien rencontré un petit garçon, place de la bibliothèque, mais c'était un autre vampire qui lui avait donné rendez-vous. Ils se sont battus et...l'autre a disparu. Antony a ramené l'enfant à l'orphelinat. Mais Julia était chez elle et je ne crois pas qu'un vampire ait essayé de la mordre. A part toi bien sûr, fis-je avec un sourire, en espérant le dérider.
- Mmh. Je n'ai jamais essayé de la mordre, m'affirma-t-il, grognon.
- Oui. Je sais. Je blaguais...Et alors ?
- Euh...On l'a cherchée le lendemain, Antony avec Matt, et toi et moi ensemble. On est arrivés dans la zone industrielle et...je t'ai perdu de vue...Il y avait un chantier pas loin. Je me suis approché. Tu y étais. Avec un autre homme, le vampire...et Julia. On m'a poussé, je suis tombé au fond...et je suis remonté en entendant un cri. Le vampire t'avait donné un coup dans la mâchoire et tu étais retombé plus loin. Je ne pouvais pas savoir si tu étais conscient ou non...Et lui...il avait Julia contre lui et il...
Il se leva, nerveux. Je voyais presque le sang pulser dans ses doigts. Signe qu'il était extrêmement tendu. Il se posta près de la fenêtre et fixa l'horizon.
- Il l'a vidée de son sang...et il l'a rejetée, il l'a laissée tomber jusqu'en bas...et je la voyais étendue, sans vie...J'ai voulu y aller, mais il m'a retenu...Il m'a bloqué, les bras...la respiration...j'ai juste vu Antony et Matt arriver et...c'est à ce moment que je me suis réveillé...ici.
Je reste silencieux. Je comprends mieux son attitude maintenant, pourquoi il pensait l'avoir perdue. Mais je pense qu'il me cache encore quelque chose.
- Tu as vu autre chose ?...
- Oui. Tu...tu m'as dit que tu aimais Julia, mais qu'elle me préférait...
- Oui. Ca, c'est vrai. Quelques jours après l'épisode de la blague, juste après le retour d'Antony.
Nouveau silence. Tu ne m'as pas encore tout dit, Aïen...
- ...Et le vampire...C'était Léandres.
Je me raidis. Léandres. Léandres, le plus fidèle disciple du maître, celui qui était censé lui succéder dans son éternité. Celui qui aurait pu, s'il n'avait été éloigné par le maître lors de notre naissance en tant que vampires, apprendre des techniques dignes de plus grands vampires. Celui qui aurait toutes les raisons de nous en vouloir. Car s'il avait pu passer du temps avec le maître, il serait devenu plus fort. Beaucoup plus fort. Notre maître avait 415 ans à nos naissances sanglantes, et Léandres en avait 248. Il ne lui restait que deux ans pour avoir le droit de devenir maître à son tour. Mais il a été éloigné, évincé. Et il serait bien celui qui voudrait nous faire payer la disparition du maître...Non, non. Impossible.
- Léandres n'a aucune chance de nous retrouver, fais-je d'une voix sourde. Aucune.
- ...Si. Et tu le sais autant que moi, Krys.
- Mais il a trouvé un autre maître qui a accepté de...lui apprendre.
- C'est ce que nous a confié le maître avant que...
Il déglutit.
- Oublie ça.
- Mmh.
Je me lève, presse ma main sur son épaule en guise d'encouragement. Bon retour à la vie. Je pose ma main sur la poignée, m'arrête.
- Tu comptes lui dire ?
- ...Oui. Si tu pouvais...
Je hoche la tête, le visage tourné vers la porte. Bien. Je descends rejoindre les autres. Ils sont en pleine discussion sur le programme de la journée, mais je sens bien qu'ils sont perturbés. Matt me regarde avec insistance. # Alors ?#. Alors...#Je vous expliquerai#. Je me tourne vers elle avec un sourire.
- Julia ? Si tu veux, Aïen est...
Je montre l'étage d'une main. Elle acquiesce et se met debout, avant de s'engager dans l'escalier.

# Posté le mardi 16 décembre 2008 03:20

Modifié le mardi 16 décembre 2008 11:02

__________________________________Chapitre 47_____________________________ ______ < Tu veux sauter dans le fleuve ?> < Ne regarde pas. Tu me le promets ?> ________Horst Ecker

__________________________________Chapitre 47_____________________________ ______ < Tu veux sauter dans le fleuve ?> < Ne regarde pas. Tu me le promets ?> ________Horst Ecker


[Aïen]


Mars. Putains de giboulées. Comment j'ai fait pour ne pas me rendre compte de ça ? Comment j'ai fait pour être absent, passer à côté de tout, pendant deux semaines ? Elle enlève son manteau et le pose à côté d'elle. Le restaurant n'est pas bondé, et dans un sens, heureusement. Je resserre mes mains sur la tasse chaude en observant à travers la buée le ciel qui se déverse comme au déluge. Je maugréé. Encore un temps de chien. Une main fraîche vient se poser sur la mienne. Je pose les yeux dessus, avant de lever la tête. Ces yeux. Ceux que je pensais ne jamais revoir...Mais comment est-ce que j'ai pu être si...con ? Elle me sourie, je lui rends. C'est fou toute la tendresse que je peux lire juste là, au fond de ses pupilles noires...Finalement, j'suis plutôt bien là.
Nous restons un temps incalculable comme ça, à se bouffer des yeux, en buvant nos breuvages encore chauds. Son doigt se pose sur la vitre distraitement. Elle trace une courbe, puis une ligne droite. Je fais partir mon index à l'endroit où elle a commencé, et trace une forme symétrique. Enfin j'essaye. Nos doigts se rejoignent, se détachent de la vitre, reste accrochés l'un à l'autre, se balancent. Entre nous deux. Entre nos sourires. Entre nos yeux qui brillent. Ses lèvres remuent doucement. « Je t'aime. » Je me lève, au-dessus de la table, et laisse nos lèvres se rencontrer. Sa main s'arrête sur ma nuque quelques instants, avant que je ne m'éloigne un peu pour me rasseoir. Ses yeux brillent à la lumière factice des plafonniers. Ma gorge se noue. Je ne lui ai jamais dit ces mots. « Je t'aime ». Je baisse la tête. Son pouce qui caresse ma paume m'incite à la relever. Je croise à nouveau ses yeux, plein d'encouragement, d'envie, d'amour. Et si, pauvre con que je suis, je me faisais des films ?... Mon poing se referme sur mon genou.
- Julia...
Dis-lui.
- Il faut que tu saches...
Dis-lui.
- Je dois te dire ce qu'il s'est passé...avant. Ce pourquoi je n'ai pas voulu...enfin ce dont j'avais peur, vraiment, au début. Ce pourquoi je t'ai...ignorée en quelque sorte. Enfin, ignoré ce que je ressentais. Pourquoi je ne voulais pas qu'on soit ensemble, ajoutais-je plus fermement.
- ...Je t'écoute.
J'acquiesce. Respire.
- Tu te rappelles quand Antony t'a montré, pour Matt et moi ? Que Matt a voulu arrêter...
- Oui.
- Eh bien c'est parce que...
Je ferme les yeux. Sa main vient se glisser dans la mienne.
- Le...maître...m'a enfoncé les ongles dans la peau, jusqu'au sang...Tellement qu'on pouvait voir l'intérieur de ma gorge...Il m'a ouvert la gorge, comme l'aurait fait un bon couteau, et...il a tout laissé couler. Matt s'est jeté sur lui. Et après, je ne me souviens de rien. Je ne sais que ce que les garçons m'ont dit...Ce qu'Antony...a bien voulu me montrer...ce que je lui ai demandé. Le maître m'a lancé contre un mur, au moment où Matt lui a sauté dessus. Krys et Antony...ils ont essayé de...je rigole doucement...de remettre mon sang dans mon corps. Sans succès, tu t'en doutes. Et...leur instinct de vampire a repris le dessus. Plutôt que de me sauver, ils ont bu mon sang. Inconsciemment. Mais ils l'ont fait. Et sur le côté, le maître et Matt se “battaient”. Et le bruit et la violence qui régnaient les ont rendus plus...féroces. Ils m'ont attaqué au ventre...aux jambes...Enfin. Ce n'était pas...fait exprès. Et pendant ce temps, Matt se défendait. Il essayait de se défendre. Il essayait d'essayer de se défendre en fait, continué-je en étouffant un rire. C'était couru d'avance que seul, humain, contre un vampire...Le maître a joué avec ses nerfs. Il le frappait, le griffait. Il le saignait à mort. Et il s'en amusait, il en riait. Et en même temps, il lui envoyait des illusions. Comme il l'a appris plus tard à Antony. Sauf que lui...c'était le marquis de Sade réincarné. Le Sadisme en personne. Matt se battait contre un ennemi invisible et beaucoup plus fort. Il était en sang. Mais il a résisté, jusqu'à ce qu'il s'effondre. Le maître s'est approché, un sourire aux lèvres. Krys et Antony se sont interposés, ils ont repoussé le maître de leur bras frêles. Ca l'a amusé. Amusé. C'est pour cette raison qu'il a changé Matt en vampire. Et qu'il m'a fait boire son...sang...infâme...
J'essuie rageusement l'unique larme de colère qui coule sur ma joue. Ma main s'est resserrée sur celle de Julia. C'est sûrement la seule raison à son impassibilité. Je tourne la tête vers elle. Non. Pas ces yeux effrayés, inquiets. Pas ce visage tendu. Pas ça s'il te plaît. Pas avant que j'aie fini. Je concentre mon regard sur nos mains liées, blanches d'avoir été trop pressées ensemble. Je porte la tasse froide à mes lèvres. Rien ne coule dans ma gorge. Elle se ressaisit et demande au serveur de renouveler la commande. Celui-ci repart vers le comptoir, non sans avoir jeté un regard intrigué dans notre direction. Je retourne à ma contemplation de la fenêtre, où subsiste le tracé de notre c½ur.
- Tu comprends, je lui en ai toujours voulu. Déjà pour ça. Et ensuite...parce qu'il voulait nous éloigner de nos familles. Il a effacé la mémoire du père de Matt et s'est arrangé pour le faire muter ailleurs. Il a fait gagner un voyage pour 3 personnes à la famille de Krys, ses parents et sa s½ur. Il leur a fait oublié qu'il y avait un quatrième membre à la famille. Ils ne sont jamais revenus. Ils sont partis s'installer autre part. Dans un autre pays. Loin d'ici. Les parents d'Antony ont appris par la police que leur fils fugueur s'était jeté du haut d'une falaise. Ils s'en sont énormément voulu. Ils ont d'abord pensé à fuir la région, puis le pays. Et ils ont fui le continent. Les garçons n'ont pas su assez tôt ce qui se passait pour réagir. Ils ont dû faire avec, prendre sur eux, refouler qu'ils avaient eu un jour une autre famille que...celle que nous formons tous les quatre. Avec à l'époque, le maître, comme chef de famille...
Je restais avec un goût amer dans la bouche. J'avais presque craché la dernière phrase. Et je savais qu'aujourd'hui encore, je gardais une haine sauvage et intacte envers notre “créateur”. Celui qui a toujours voulu qu'on l'appelle “maître”. Je croise le reflet de Julia sur la vitre. Sa main caresse mon bras doucement.
- Et...toi ? demande-elle timidement.
- Je me suis opposé. J'ai su ce qu'il voulait faire et je m'y suis opposé. Je lui ai dit que nous pourrions vivre avec nos familles sans qu'elle sache ce que nous sommes devenus. Il m'a traité d'idiot. Il m'a dit que c'était impossible. J'ai voulu le frapper, le mordre. Il m'a immobilisé, par la pensée, et il a rit. Un rire gras, horrible. Il nous a transportés jusque chez moi. C'était le soir, juste avant de manger. Je sentais l'odeur du repas que ma mère avait préparé, la table dressée pour cinq : mes parents, les jumeaux...et moi. Qui manquais à l'appel depuis plus d'une semaine. Il y avait comme de la tristesse dans l'air. Mes parents sont sortis de la cuisine. Le maître m'a redemandé si je voulais toujours leur laisser la mémoire. J'ai crié oui. J'ai répété. Il a murmuré « Idiot » avec un sourire. Il a assommé mon père contre le coin de la table. Il a tranché la gorge de ma mère qui criait. Il a bu son sang aussi rapidement que...que jamais. Et moi il me retenait immobile, juste par la pensée. Les jumeaux se sont précipités en bas. Il en a attaqué un au visage, l'autre au ventre. Il y avait du sang partout...continuais-je tout bas en essuyant les gouttes d'eau salées sur mes joues. Ils avaient deux ans. Deux ans, bordel !...Je criais, je hurlais, je me débattais dans le vide. Mais il n'y avait rien à faire. Il n'a pas attendu que mon père se réveille. Il n'a pas pris son sang. Il l'a laissé inconscient. Il est sorti de la maison, avec moi qui ne pouvait rien faire de mon propre chef. Et j'ai vu des flammes naître dans ses yeux, puis à l'intérieur de ma maison. Partout. Et je ne pouvais rien faire, j'étais pétrifié, impuissant. J'ai vu ma mère se faire égorger. J'ai vu mes frères être massacrés. J'ai vu mon père brûler vif. Et je ne pouvais rien faire. J'étais impuissant. J'avais onze ans.
Je contemple nos mains liées. Essuie du revers du pouce les traces de rage et de tristesse sur mon visage. Je relève la tête.
- Tu comprends maintenant pourquoi je ne voulais pas m'attacher à toi, ni aux autres. Je ne veux pas souffrir, faire souffrir, ou voir souffrir les autres, par ma faute. Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose où je ne pourrais rien faire. Je ne veux pas revivre ça...J'ai encore du mal à me dire que rien de mal ne va se produire. Même pour les garçons. Et encore plus pour toi...précisé-je en plantant mes yeux dans les siens. Voilà aussi pourquoi j'ai voulu apprendre à contrôler les objets. Pour contrôler les corps vivants. Mais il n'était pas con...pas au point de me l'apprendre...
Elle se lève, la main toujours dans la mienne, et vient s'asseoir près de moi. Je me penche vers elle, la serre dans mes bras, le visage enfoui dans son cou. Comme le matin-même. Je ne peux plus pleurer, trop de larmes par le passé, trop de culpabilité. Et encore aujourd'hui...Mais je dois lui avouer une dernière chose. Elle a passé ses bras autour de mes épaules, promène une main sur mon dos.
- Julia, fais-je sans me dégager. Il faut que je te dises autre chose.
- ...
- C'est moi qui ai demandé aux garçons de m'aider à détruire le maître. Le plus possible. Il ne peut pas mourir. Mais il l'est presque. Enfermé à jamais. Et je ne regrette rien.
Je sens un sourire sur ses lèvres. Une immense chaleur m'envahit. Je lui ai dit. Oui : Je lui ai dit.



Bonnes fêtes !!! :D

# Posté le lundi 22 décembre 2008 06:43

Modifié le mardi 23 décembre 2008 05:08