A moitié affalé sur la table, je bâille sans me soucier de rien. Dehors les oiseaux gazouillent, le printemps s'installe et les fleurs...fleurissent. Allez, bientôt les bikinis...J'émets un autre bâillement sonore.
- ANTONY !!!
- Mmh ? m'informé-je en relevant la tête.
- Vous voulez aller dormir ailleurs ?
Pourquoi pas.
- Si vous ne voulez pas de moi, madame...
- Ce n'est pas une question de vouloir de vous ou pas !!! Vous savez pertinemment que vous passez vos examens en fin d'année, dans quelques mois, et le fait que vous soyez à présent majeur ne change rien !!!
Au contraire, vous ne pouvez pas savoir à quel point.
- Et si je vous interroge maintenant, je me doute bien que vous ne serez pas au point !!!
- Vous pouvez toujours essayer.
Mais c'est qu'elle enrage la dadame. Elle me convoque sur le champ au tableau. Je soupire et me lève malgré tout. Enfin un peu d'action.
- Le début de la Seconde Guerre Mondiale ?
- Huit septembre1938, après l'assassinat du duc de Sarajevo.
- La masse molaire d'une molécule de H4C2O4 ?
Je passe un regard rapide sur la classe.
- Quatre-vingt-douze moles.
Dixit la jeune fille aux cheveux blonds méchés de brun, au deuxième rang, à elle-même.
- Quelle est le cosinus de la formule au tableau ?
Je jette à peine un ½il à ce qu'elle me désigne d'une main.
- (2π / 3) + 1/2 X.
L'intello de la classe à son subconscient. Merci mec. Même si je ne suis pas ton subconscient. La prof commence à s'énerver. C'est gonflant un insolent qui donne les bonnes réponses, hein ?...
- L'hormone liberée lors d'un combat entre deux personnes ?
Pff...Si elle commence à m'attaquer sur mon domaine...
- L'adrénaline.
Je m'assieds plus confortablement sur son bureau.
- Ce qui a pour effet d'augmenter le diamètre des vaisseaux sanguins et d'accélérer ainsi la circulation du sang dans le corps.
Je passe instinctivement ma langue sur mes lèvres en lui souriant. Elle ne comprend pas. Tant mieux en fait.
- A votre place. Et que je ne vous vois plus rêvasser.
- Hmm.
Mes camarades sont époustouflés par ma prestation et ma rapidité. Normal. J'aurai sûrement réagi pareil dans d'autres circonstances. Je retourne à ma place d'une démarche traînante et retombe lourdement sur ma chaise. Le coup de l'adrénaline, je l'ai appris il y a quelques années. C'est tout con : tu fais peur à quelqu'un, ou tu le provoques, montée d'adrénaline, vaisseaux sanguins qui se dilatent, et ça passe encore mieux quand tu mords...Je passe ma langue sur mes dents. Hors de question que je meurs d'ennui pendant l'heure qui reste...Tiens. Et si je m'amusais un peu ?...En supposant bien sûr qu'il ne soit pas trop occupé. # Alors Krys ! Quoi de neuf de ton côté ? #. Pas de réponse. Tant pis. Si j'essaye Matt ou Aïen, je me fais exploser. Bah...Je ferme les yeux et pose ma tête contre la vitre. Et si...# Pas grand-chose. La vieille bique continue son cours et ton jumeau a décidé de passer à la vitesse supérieure avec Maria. # Je souris, les yeux toujours fermés. En fait, il est là. # Tu parles de qui quand tu dis “mon jumeau” ? # # Bah, de Marc quelle question ! # # Eh, je t'interdis de dire que ce mec est mon jumeau !! C'est un gros pervers dégueulasse qui se fait des nanas juste pour avoir de l'activité dans son lit !!! # # Et toi tu te fais pas nanas pour le lit peut-être ?...# # Ca fait un bail qu'une fille n'a pas dormi dans mon lit...# #C'est vrai que tu vas directement chez elles # # Ouais. Bon sinon à part ça ? # # Rien. Déplorable. # # Attends, attends, j'ai une idée ! # C'est vrai en plus. # Oulà. Vas-y explique # # T'inquiètes, je vais essayer d'utiliser des mots simples pour que tu puisses comprendre # # Non mais dis tout de suite que je suis débile !!! # # T'es débile # Et moi je suis en train de me marrer tout seul au fond de la classe. # Tu pense que Julia a locké ? # Silence. # Euh, je sais pas. Mais tu sais, elle ne contrôle pas aussi bien que nous à qui elle envoie ses pensées. Je lui ai pas appris, ça. # # Bah, c'est juste pour s'amuser # # C'est par rapport à Aïen que je te dis ça... # # Pas grave. J'imiterai Forest !!! # Je me concentre un peu. Au bout de quelques secondes, j'arrive à capter les pensées de Julia. Cours de Géographie. Ennuyeux à mourir. Je peux voir à travers ses yeux sans qu'elle le sache. # Elle n'a pas locké ! Je t'envoie le son et l'image ? # # Vas-y # Un tableau blanc et une jeune femme avec un chignon qui débite les richesses naturelles du pays présenté. Je peux voir que Julia tourne son crayon dans ses mains. Apparemment, il n'y a pas que nous qui nous emmerdons. Un petit tour de magie. Je lui envoie quelques images savamment fabriquées. Krys, un tequila à la main, qui fait un strip-tease debout sur le bureau d'un enseignant...Arrêt cardiaque assuré !!! La voisine de Julia se retourne vers elle.
- Bah, Julia, qu'est-ce qui se passe ? T'es devenue toute rouge et là t'es toute blanche ?!...
J'explose de rire, tape ma main contre la table. Je devine Krys dans le même état. # Putain !!! Mort de rire !!! Mais t'es vache quoi, pourquoi moi ?! Ahahaha !!... # # Elle aurait p'têtre moins réagi avec Aïen. Et ne parlons pas de Matt !!! # La voisine de Julia lui tapote le bras. # ANTONYYYYYY !!!!!!!! TU FAIS CHIER !!!!! # # Ah !! Elle a capté !! # # Ca va qu'elle entend pas ce qu'on pense...# #Ouais, c'est encore plus drôle !!! Elle s'énerve toute seule !!! # # Antony...# Merde. Voilà Aïen le justicier. Je sens ma chaise tirée par le bas. Dans un grand fracas, je m'écroule à terre, contre les pieds de ma table. Ouah, c'que ça fait mal !!!! # Krys, au secours !!!! Aïen m'attaque !!! # # Ah parce que Krys aussi... !! #. Toute la classe s'est retournée vers moi, les élèves comme la prof, tandis que je suis à moitié plié de rire et de douleur à terre. La prof s'approche de moi d'un air désespéré. La sonnerie retentit. Je me lèves précipitamment sous les yeux éberlués de tous, range mes affaires en un clin d'½il et, me tenant la côte, le sac sur l'épaule, sors de la salle rapidement. # Krys !! # # Cours Forest !!!! #
- Toc toc toc, c'est moi !!
- Entre.
Je lui souris. Pas qu'elle ait l'habitude d'être en retard, non. Juste que ma Julia est très, très souvent pas du tout à l'heure. Dans le genre un quart d'heure après. Enfin, je ne vais pas me plaindre.
- Alors ça avance ? me demande-t-elle en posant ses affaires dans un coin.
- Mhm.
- Tu sais...fait-elle en me regardant, les mains sur les hanches, je pensais pas que tu le ferais vraiment...
Je me retourne et m'apprête à lui lancer un regard qui se veut assassin. Mais comment mettre mes projets à exécution quand elle me regarde avec une petite moue, fière de moi, les yeux qui brillent. Vêtu de ma blouse de travail blanche, le pinceau plein de colle dans la main, je me dirige vers elle pour la serrer dans mes bras.
- Aaah !!! Aïen !!!
- Bah quoi ?
Elle me repousse tandis que je lui fais mon plus beau sourire. Elle s'éloigne de moi et inspecte l'appartement.
- Déménagement récent ?
- Oui.
- T'as déjà fait quelque chose ?
- Posé les bâches, le papier peint dans la chambre et j'ai commencé à peindre ici.
- Ah...
- Tu peux m'aider si tu veux.
Elle se penche par l'entrebâillement et me regarde fixement.
- T'as eu de l'espoir là, non ?
- Bah non.
- ...T'as vraiment cru que j'allais t'aider à peindre alors que j'ai rien pour me protéger ?
- Tu n'es pas obligée de peindre ! Tu peux m'aider en regardant comment se montent les meubles là-bas, par exemple.
Elle jette un ½il aux planches et vis entreposés à l'autre bout de la pièce et se rapproche de moi avec un grand sourire qui en dit long.
- Et qu'est-ce que j'ai en échange ? demande-t-elle en passant ses bras autour de mon cou.
Je réfléchis quelques instants. Je serai tenté de répondre un bisou, mais bon. Je résiste à l'envie de la prendre dans mes bras, sachant qu'elle n'a pas de tenue de travail. En échange ?
- Je t'offre une gaufre près du petit lac ?!!
- Ouais, chouette !!
Ses yeux brillent, elle sautille dans tous les sens. Elle se rend rapidement aux meubles et commence à lire les notices. Au bout d'un moment, elle se lève pour changer la station de radio. Je finis de poser la première couche de peinture et elle m'aide pour monter les meubles. Et je dois avouer que le fait qu'elle ait d'abord lu et compris les notices de montage nous a permis d'être plus rapides et efficaces. Elle me prête ensuite ses bras pour installer le mobilier puis s'assoit sur les bâches, au milieu de la pièce principale, en me regardant passer la deuxième couche de peinture.
Nous restons silencieux. Il applique la matière sur un pan de mur. Je me lève sans bruit et plonge un doigt dans le pot de peinture.
- Julia, tu as l'heure ?
Je ne réponds pas. Il tourne la tête et sa joue rencontre mon doigt. J'y étale la substance sur toute la longueur. Il reste interdit, la bouche et les yeux grand ouverts, à me regarder avec incompréhension. Puis il lâche son pinceau et commence à me courir après. J'éclate de rire et me précipite à travers l'appartement, priant pour ne pas m'étaler de tout mon long sur un objet quelconque traînant au sol.
- Reviens là toi !!! Reviens ici que je me venge !!!
Le ton est donné. Monsieur réclame vengeance. Nous continuons à nous courser en riant. Et puis je ne l'entends plus. Je m'arrête, le c½ur battant à la chamade. Je traverse les pièces, légèrement courbée, en retenant mon souffle autant que possible. A peine ai-je posé un pied dans le salon que je me sens entraînée à terre par un poids et une force lourds. C'est-à-dire, par Aïen.
- Non ! Aïen non !!
Il ne fait qu'à peine attention à mes protestations et me chatouille autant qu'il peut. Je suis pliée de rire sous lui. Il rit aussi, cherche à me maintenir à terre tandis que je me débats comme un diable.
- Alors, alors ? Comme ça on a décidé de me peinturlurer le visage ?
- Ahah...Arrête !!!...Ahaha...Aïen !! Arr...arrête !!
D'un geste impulsif, je me saisis d'un pinceau abandonné non loin et étale une couche de peinture bleue sur son visage. Il plonge sa main dans un pot de peinture rouge sombre et après un « Tu l'auras voulu !!! » des plus convaincus, me barbouille le visage avec la mixture. Je me dégage de son étreinte forcée et, après avoir plongé mes mains dans un autre pot, lui applique la peinture sur le visage, les vêtements. Nous jouons comme des gamins et les pots de peinture finissent sur nous et nos vêtements, plutôt que sur les murs. Nous sommes écroulés de rire à terre, lui sur moi. Il arrive à m'attraper les poignets d'une main et rapproche dangereusement une main pleine de peinture noire “waterproof” de mon visage.
- Alors ? On s'avoue vaincue ? m'indique-t-il avec un sourire triomphant.
- Jamais ! lancé-je.
Je lui tire la langue et fais une grimace en fermant les yeux, prête à avoir une couche de peinture en plus sur le visage. Pour ce que ça change ! J'entends la bâche se froisser près de mon oreille. J'ouvre les yeux, surprise, et sens ses lèvres sur les miennes.
- Je suis pas salop à ce point quand même...me souffle-t-il avant de me réembrasser.
Je lui rends son baiser et m'accroche à lui. Il a enlevé la peinture de sa main en s'essuyant sur la bâche. Il passe sa main dans mes cheveux. Je me sépare un court instant de lui.
- Presque ! murmuré-je avant de taire ses protestations en le serrant encore plus contre ma bouche.
Après quelques instants enlacés, il se lève et me tends la main. Il propose d'aller se changer. Moi et mes pauvres vêtements de ville sommes remasteurisés version “Aïen et la peinture”. Lui n'a qu'à remettre ses habits de ville. Je regarde le rouleau s'activer seul sur le mur pendant que mon amoureux prend une douche. Sa voix qui m'appelle m'arrache à ma contemplation. Il est tout beau, tout neuf. Je lui fais une grimace. Il m'invite à m'asseoir sur le rebord de la baignoire et passe un gant mouillé sur mon visage.
- Bou bou bou...On nettoie la boubouille ma chérie ?!!...
- Mais euh !! Si tu m'avais pas mis plein de peinture, t'aurais pas à le faire ! me défends-je.
- Et qui a commencé, hein ? lance-t-il avec un sourire en passant le gant sur une partie de mon visage et ma bouche, m'empêchant presque de parler.
Je ne réponds pas, sachant parfaitement que je suis en tord. Je fais mine de le bouder. Il finit de me débarbouiller et passe un doigt mouillé sur ma joue pour effacer les dernières traces.
- Mais je ne regrette rien...rajoute-t-il en posant doucement ses lèvres sur les miennes.
Je ferme les yeux et souris. Nous reviendrons finir de ranger demain, les propriétaires ne rentrent que la semaine prochaine. Nous quittons la demeure, après s'être assurés que le mur était bien fini. Nous rentrons chez lui. Les garçons ont laissé un mot, disant qu'ils étaient partis dans le centre. Aïen prépare le dîner tandis que je vais me doucher. Il me passe un jean et un t-shirt noir à motifs verts. Tiens, il me va ! Ah, il est à Krys...Bon beh...voilà. Nous mangeons tous les deux, je lui parle un peu de ma vie avant mon déménagement. Si, si, je ne lui ai pas encore tout dit. Presque, mais pas tout ! Il me parle de ces quelques voyages à l'étrangers. J'ai même le droit, après avoir mangé, de voir ses photos ! Nous nous installons sur le canapé. Je pose ma tête sur ses genoux et il me raconte chaque souvenir que lui évoquent les photos qui se lèvent et se reposent sur la table au fur et à mesure, tout en me caressant la tête d'une main.
- Au fait...tu me dois une gaufre au bord du lac, lui rappelé-je en bâillant.
Il sourit et continue ses récits.
- Et là, c'est un garçon que j'ai rencontré là-bas. Il avait une quinzaine d'années, j'en avais 8 ou 9. On a voulu escalader la montagne à proximité, mais mes parents n'étaient pas d'accord...
Je souris en repensant à ce petit contretemps qui m'avait beaucoup vexé. Mes parents... J'entends son souffle régulier, tandis que ma main continue de caresser ses cheveux et son dos. Je me lève en essayant de ne pas la réveiller. Je la prends dans mes bras, elle s'accroche, toujours endormie, à mon cou et ses jambes à ma taille. Je la dépose sur le lit de la chambre du bas et lui enlève juste la ceinture. Je repose la couverture sur elle et referme doucement la porte. Je retourne au salon et range les photos dans la boîte tandis que la vaisselle se fait dans la cuisine. Je ferme la boîte et, après avoir vérifié que la vaisselle est propre et bien rangée, et que la boîte s'est rangée toute seule dans ma chambre, j'attrape une veste et sors de la maison. Je m'assure une dernière fois que tout est bien fermé et me rends dans un endroit proche où j'aurais la chance de croiser quelques compléments de repas...
J'avoue, j'étais particulièrement de bonne humeur quand j'ai écrit ce chapitre ^^
J'espère que vous n'avez pas été trop perturbées
par les dialogues pensés et toutes les couleurs
je remets au cas où : italique pour Antony, bleu très clair pour krys,
vert pour Aïen et rose pour Julia ;) voili voilou
J'espère que la reprise s'est bien passée pour toutes
moi j'étais malade... N'oubliez pas de me donner vos avis :D
Et : non, je n'écrirais pas le petit truc du dernier chapitre en plus gros 8-p



