Je sors de ma chambre et me rends au salon. Matt est déjà parti chercher de “qui” se nourrir, Aïen est toujours avec Julia. La télé est éteinte, seul un disque tourne en musique de fond. Juste du piano. Krys est allongé sur le côté, sur le canapé, les yeux fermés. N'importe qui serait passé l'aurait cru endormi comme un bébé. Mais je le connais trop bien pour savoir qu'il est juste envoûté par les notes du piano et qu'il est simplement très attentif. Pas endormi. Je me pose sans bruit sur un des accoudoirs du canapé, près de sa tête. Il reste immobile. Ce n'est que moi.
- Tu dors ? demandé-je tout bas.
- Hmm...
J'observe ses traits, paisibles. Il est parfaitement détendu. Une vraie chiffe molle. Le soleil qui se couche reflète ses derniers rayons sur lui, à travers la fenêtre...Petit frère. D'aussi loin que l'on se connaisse, je l'ai toujours vu comme mon petit frère, celui que je n'ai jamais eu. Il sait que, même si je le charrie à longueur de temps, même si je me fous de sa gueule comme si c'était la chose la plus amusante sur terre... En réalité, nous sommes deux frères de sang, mais frères par l'âme depuis beaucoup plus de temps. Et les épreuves que nous avons dû traverser, tous les quatre, nous ont rendus encore plus soudés. S'il arrivait quoi que ce soit à l'un de nous, les autres le vengeraient à coup sûr.
- Petit frère...chuchotais-je pour moi-même.
J'ébouriffais d'une main ses cheveux. Il fronça les sourcils et protégea sa tête à deux mains. Je ris et me laissais tomber sur le côté, sur lui. Il me repoussa vivement, ouvrant les yeux pour me fusiller du regard.
- Putain Anto, t'es pas marrant !!
Je ris encore plus, m'attelais à lui faire des chatouilles. Il n'y résista pas et se défendit comme un lion. La musique n'avait plus trop d'importance et on se coursait dans la maison, lui armé d'un coussin, moi de mes doigts qui s'agitaient comme s'ils chatouillaient des côtes invisibles. Epuisé et résigné, il finit par s'écrouler sur le canapé de la salle de détente, le visage enfoncé dans un coussin, tournant délibérément le dos au reste du monde.
- Krys...Y a un truc que je voulais te montrer.
- Naaaaaan !!!!!
Je le frappe à la tête avec le coussin.
- Si ! Debout, chiffe molle !! Debout !!
Il se retourne et attrape le coussin d'une main, si vite que j'en reste bouche bée. Il me regarde méchamment.
- Je ne suis PAS une chiffe molle.
Il soupire.
- C'est quoi, ce que tu veux me montrer ?
Je lui adresse un grand sourire mystérieux. Je sors de ma poche une paire de clé et lui tends.
- L'avenue de l'autre côté du parc, près de la discothèque « L'Eucalyptus ». Troisième bâtiment à gauche, premier étage, la porte du fond.
Il me regarde en haussant les sourcils, méfiant.
- Et ?
Je lui mets les clés dans la main.
- Tu verras bien si tu y passes.
- En quel honneur ?
- Eh bien...Disons que j'ai pensé que ça pourrait t'intéresser avant que l'endroit ne brûle par accident. C'est aussi en quelques sortes un remerciement pour le coup de main de la dernière fois.
- Ah.
Non, mais je ne suis pas bête au point de gâcher la surprise ! Il me fixe toujours, cherchant à percer mes défenses. Si seulement tu avais appris à lire dans les pensées mon p'tit Krys ! Je me relève, lui tends la main.
- Les autres nous attendent.
Il m'ignore royalement et se lève, sort de la pièce. Je lâche un soupir en secouant la tête. Chiffe molle et tête de mule en plus...Mais qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire de lui !?!
Quatre verres trônent en maître à notre table. Antony boit distraitement sa vodka en reluquant sans gêne les jeunes femmes sur la piste. Krys revient chercher sa boisson avant de se tourner à nouveau vers un jeune homme, étudiant bien rangé rien qu'à sa tenue – qui irait en boîte en costard-cravate ? – avec lequel il conversait. Aïen est parti on ne sait où, sûrement en finir avec la petite jeune de toute à l'heure. Il a raccompagné Julia chez elle avant de nous rejoindre en ville. Nous avons traîné tous ensemble, Aïen nous a brièvement expliqué ce qu'il avait rêvé ou vécu. Puis, vers le coup de 23 heures, nous nous sommes tous rendus à L'eucalyptus. Il est bientôt minuit, et je dois dire que je m'ennuie à un point inimaginable. Je n'ai plus trop faim, alors j'occupe mon temps. Antony repose son verre sur la table. Il a repéré un couple sur la piste, la femme vient de se diriger seule vers le bar. Si j'avais été Julia, ce que je ne suis pas, je l'aurais sûrement traité d'idiot et autres noms d'oiseaux auxquels il aurait souri. Mais je sais que pour lui, s'il a l'occasion, autant faire d'une pierre deux coups. Il va charmer la jeune femme, à renforts d'illusions s'il le faut, et il ne manquera de s'attirer les foudres du petit copain. La jeune femme restera à la fois horrifiée et désolée et ne saura quel parti prendre. Les deux hommes iront se battre dehors, loin de la vue de tous et, sous couvert d'images, Antony videra l'homme. La femme, elle, ne verra qu'un homme à terre. Son ex-petit copain. Et elle s'excusera auprès d'Antony, l'invitera chez lui. Il fera semblant d'hésiter mais acceptera finalement après les supplications de la jeune femme. Et la jeune femme, aussi charmante qu'elle soit, ne finira pas la nuit. Je soupire. Il en a des idées de réserve ce petit ! Une femme d'une vingtaine d'années vient s'asseoir près de moi.
- Bonjour ! Je te dérange ?
La musique est forte, elle doit lever la voix pour se faire entendre. Je lui souris.
- Pas du tout !
J'avais justement un petit creux.
- Comment tu t'appelles ?
- Amélie. Et toi ?
- Matt.
- Enchantée.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Pourquoi pas !
C'est si facile parfois...
Je me redresse, porte ma main à la nuque. Je jette un coup d'½il aux alentours. Personne. Je me permets de passer par les toilettes, histoire d'enlever les traces rouges traîtresses. Merde, j'en ai dans les cheveux. Je passe un peu d'eau et sors. Je contemple une dernière fois les dernières parcelles de cadavre en train de brûler et tourne le dos à la scène. J'intercepte les pensées d'un groupe de personnes se rapprochant. Des humains, naturellement. Ils viennent éteindre l'incendie qui s'est déclaré. Des pompiers donc. Pfff, quel métier. Chargés d'éteindre les bêtises des autres. Mais je respecte leur choix, c'est noble. Et en même temps, ça nous aide énormément : ils n'arrivent jamais avant que le corps ne soit entièrement détruit. Pratique. Je retourne vers l'Eucalyptus. Troisième bâtiment à gauche. Je sors les clés, en insère une au hasard, la porte s'ouvre. Première étage, la porte du fond. Une autre clé, qui elle aussi rentre parfaitement. Je me retrouve dans une salle aux murs beiges, insonorisés. Un parquet qui semble ne jamais se finir. Et au centre, ce pourquoi je suis venu. Imposant, noir, brillant. Presque neuf. Je m'avance prudemment, sentant une bouffée de bonheur m'envahir. Il s'en est souvenu. Nous nous réunissions souvent, enfants. Je prends place sur le petit tabouret et laisse mes mains parcourir les touches. Je lui jouais des morceaux de piano pendant des heures, sans qu'aucun de nous deux ne se lasse. Mais je n'ai pas joué depuis que nous avons changé de vie. Une chanson me revient en tête. Mes doigts glissent sur le piano comme ils l'ont toujours fait. C'est tout simplement divin. Ce que je peux le remercier secrètement en ce moment. Grand frère. C'est magnifique. C'est comme revivre.
(Vous avez quand même pas cru y échapper, non ?)
Donc BONNE ANNEE, BONNE SANTE, PLEINS DE BONNES CHOSES
ALL THE BEST FOR U ^^
J'ai découvert le vrai sens du mot "patience" (aussi synonyme d'ennui par moments)
ET....j'ai trouvé les partitions de piano de Yiruma $) !!!
J -7 et peut-être même que c'est plus que J -1
(ça c'était pour celle qui me nargue depuis des mois parce qu'elle a déjà
vu le film "Twilight" vingt fois....connasse moi aussi je t'aime)
Donc voilà un chapitre plutôt neutre pour clore 2008 et commencer 2009 :D
J'essayerai de publier de nouveau avant le 15, mais j'en suis déjà
à publier ce que je viens d'écrire...patience !!! ;)
Gros bisous !!! ^^

